Patrimonio est la première appellation de Corse — reconnue en 1968 — et la plus connue hors de l'île : le niellucciu sur les argilo-calcaires du Nebbiu, face au golfe de Saint-Florent. Sur le marché secondaire, pourtant, c'est un vin qui se revend modestement : l'essentiel des bouteilles s'échange entre 20 et 50 €, en rouge comme en blanc, et une seule signature, Antoine Arena, dépasse durablement ce niveau. Cette fiche donne la cote domaine par domaine, relevée sur l'ensemble des millésimes qui s'échangent et contrôlée sur les dernières ventes. Elle s'inscrit dans notre panorama des cotes des vins de Corse.

Des Patrimonio dans votre cave ? Sachez lesquels méritent une vente — et lesquels sont d'abord à boire.

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Qu'est-ce que l'appellation Patrimonio

Patrimonio occupe le Nebbiu, au nord de la Corse : un amphithéâtre de collines argilo-calcaires — une singularité sur une île largement granitique et schisteuse — ouvert sur le golfe de Saint-Florent, au sud du cap Corse. L'appellation, reconnue au printemps 1968, fut la première de l'île. Elle couvre environ 400 hectares répartis sur sept communes et une quarantaine de domaines, presque tous de petite taille. Ses règles sont parmi les plus strictes de Corse : le niellucciu — cépage historique de la Haute-Corse, proche parent du sangiovese toscan — doit représenter au moins 90 % des rouges, et le vermentinu est le seul cépage autorisé pour les blancs. Patrimonio est aussi l'une des premières appellations à avoir inscrit l'interdiction des désherbants chimiques dans son cahier des charges.

Le vignoble produit dans les trois couleurs — rouges structurés et tanniques, blancs amples et salins, rosés de soif — et partage son aire avec le Muscat du Cap Corse, vin doux naturel qui relève d'une appellation distincte, souvent élaboré par les mêmes domaines (voir plus bas). La notoriété moderne de Patrimonio doit beaucoup à Antoine Arena, dont les cuvées parcellaires — Carco, Grotte di Sole, Morta Maio — ont donné à l'appellation ses premières bouteilles recherchées sur le marché secondaire ; depuis 2014, ses fils Antoine-Marie (Carco, Hauts de Carco, Memoria) et Jean-Baptiste (Grotte di Sole) signent leurs propres vins.

Les paliers de la cote

À Patrimonio, la valeur s'étage en trois marches serrées. Le graphique ci-dessous donne, pour chaque palier, la fourchette courante — la moitié centrale des cotes réellement soutenues par une vente récente, tous millésimes et toutes couleurs confondus.

La cote des Patrimonio, palier par palier (bouteille 75 cl)

0 10 20 30 40 50 60 € Patrimonio sans signature négoce, coopératives 15 – 20 € Domaines établis Leccia · Giudicelli · les fils Arena… 25 – 35 € Antoine Arena Carco · Morta Maio, tous millésimes 35 – 50 € Trois marches serrées — seuls les vieux millésimes d'Antoine Arena sortent de l'échelle, jusqu'à 100 €

Chaque barre couvre la fourchette courante du palier — la moitié centrale des cotes soutenues par une vente depuis 2023, tous millésimes confondus — sur un axe en euros partant de zéro ; le détail par domaine, du minimum au maximum relevés, est dans le tableau ci-dessous. Relevé du 22 septembre 2026 sur l'ensemble des millésimes cotés de 40 vins et 14 domaines et maisons de l'appellation, cotes contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications.

Deux lectures. D'abord, l'écart est faible : entre un Patrimonio de négoce et un bon domaine, il y a du simple au double, pas davantage — Yves Leccia, Giudicelli, les fils Arena, Clos Signadore et Nicolas Mariotti Bindi se tiennent dans la même bande, quelle que soit la couleur. Ensuite, une seule signature se détache : Antoine Arena, au-dessus du palier des domaines établis, et bien au-delà sur ses vieux millésimes. Sur cette appellation, la valeur tient à un nom plus qu'à un terroir ou à un millésime.

La cote domaine par domaine

Les fourchettes ci-dessous correspondent à la valeur d'une bouteille de 75 cl en bon état sur le marché secondaire, tous millésimes confondus, rouges et blancs réunis quand le domaine produit les deux. Le bas de chaque fourchette correspond le plus souvent à un millésime récent ; le haut, chez Arena, à une année ancienne.

Domaine Cuvées Niveau de cote Fourchette relevée
Antoine Arena Carco (rouge) Le sommet de l'appellation — la seule ligne dont les vieux millésimes se vendent à l'unité au prix fort 20 – 100 €
Antoine Arena Carco (blanc) Le grand blanc du domaine, au niveau de ses rouges 20 – 75 €
Antoine Arena Morta Maio (rouge) — et Grotte di Sole avant 2014 La cuvée la plus régulière du domaine 35 – 60 €
Nicolas Mariotti Bindi — Cantina di Torra Porcellese · Non Solus · Albore Le second cercle, en progression 20 – 50 €
Domaine Giudicelli Patrimonio rouge · blanc Les deux couleurs au même niveau, marché suivi 20 – 45 €
Antoine-Marie Arena Hauts de Carco (blanc) · Carco (rouge) · Memoria La génération installée en 2014, cote encore jeune 25 – 45 €
Yves Leccia E Croce rouge & blanc · Yves Leccia · Era Ora La référence classique, la plus échangée après Arena 15 – 35 €
Jean-Baptiste Arena Grotte di Sole blanc & rouge L'autre moitié du partage de 2014 20 – 35 €
Clos Signadore · Clos Marfisi · Domaine Gentile A Mandria · Gritole · Nos Petits Grains · Grande Expression Le cœur de l'appellation, passages en vente espacés 20 – 35 €
Patrimonio sans signature reconnue Négoce, coopératives — rouge, blanc, rosé L'entrée de gamme ; les rosés ne se revendent pratiquement pas 10 – 25 €

Fourchettes bornées par les cotes d'enchères réellement relevées, domaine par domaine et cuvée par cuvée, puis contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications : une cote qu'aucune vente récente ne soutient n'a pas été retenue comme borne. Valeur de revente, hors marges du commerce de détail. Relevé du 22 septembre 2026.

Bon à savoir — à Patrimonio, le blanc vaut le rouge

Contrairement à la plupart des appellations rouges, la couleur ne fait pas le prix : chez Antoine Arena, le Carco blanc se cote au niveau du Carco rouge ; chez Giudicelli, le blanc se tient au-dessus du rouge ; chez Leccia, les deux couleurs se valent. Le vermentinu de Patrimonio est l'un des rares blancs du Sud à se revendre au niveau des rouges de son appellation. Les rosés, eux, n'ont pas de marché secondaire : ils se boivent.

Antoine Arena : la signature qui fait la cote

Une seule signature porte la cote de l'appellation. Les cuvées d'Antoine Arena se tiennent le plus souvent dans la bande haute du graphique, et leurs vieux millésimes sont les seuls Patrimonio recherchés à l'unité : le Carco rouge 1998 se cote 100 €, le Carco blanc 2014 75 €, le Morta Maio 2008 60 € — les trois plus hautes cotes relevées de l'appellation, chacune soutenue par une vente récente. À millésime égal, ces cuvées se cotent le plus souvent au-dessus de l'E Croce d'Yves Leccia, la référence classique de l'appellation. Sur les millésimes récents, en revanche, l'écart entre un jeune Arena et un jeune Leccia est mince : c'est l'âge qui creuse la différence.

Depuis 2014, le domaine s'est partagé entre les parents et les deux fils, chacun sous son nom. Chacun a désormais sa propre cote, plus jeune sur le marché secondaire : les Hauts de Carco et la cuvée Memoria d'Antoine-Marie Arena, les Grotte di Sole de Jean-Baptiste Arena se lisent sur leur propre ligne du tableau — la cote suit le producteur, pas le patronyme. Derrière, Nicolas Mariotti Bindi (Cantina di Torra), dont le Porcellese est la cote la plus haute hors Arena, et le Domaine Giudicelli, suivi dans les deux couleurs, forment le second cercle.

Ce qui fait varier le prix d'un patrimonio

  • Le domaine. Du blanc de négoce au vieux Carco d'Antoine Arena, l'écart va de un à dix — presque entièrement porté par un seul nom. Entre les autres domaines établis, les écarts sont faibles.
  • La couleur — ou plutôt son absence d'effet. Rouges et blancs se cotent au même niveau chez tous les domaines de référence. Les rosés, eux, ne se revendent pratiquement pas : ils se boivent.
  • Le millésime et l'âge — chez Arena seulement. Chez lui, un vieux Carco vaut plusieurs fois son équivalent récent. Chez les autres domaines, l'âge n'ajoute presque rien : un E Croce se cote au même niveau sur tous ses millésimes depuis le début des années 2000.
  • L'état. Sur des bouteilles conservées en Corse, souvent dans des conditions estivales difficiles, le niveau et l'état de l'étiquette pèsent autant que le millésime.

Apogée et potentiel de garde

Les rouges de niellucciu tiennent cinq à quinze ans chez les bons domaines, davantage chez Antoine Arena, dont les Carco des années 1998 à 2011 sont aujourd'hui à leur meilleur — et à leur cote la plus haute. Les blancs de vermentinu se boivent dans leurs trois à huit ans, les rosés dans l'année. Comme l'âge ne rémunère que les signatures, garder un Patrimonio courant « pour qu'il prenne de la valeur » n'a pas de sens : il se boit.

Tendance et liquidité

Patrimonio est un marché étroit. Antoine Arena et l'E Croce d'Yves Leccia passent régulièrement en salle des ventes ; les autres domaines y apparaissent de loin en loin. Ces bouteilles ne sont pas sans valeur ; elles sont sans acheteur pressé.

La tendance de fond suit la notoriété montante des vins corses : les cuvées d'Arena se sont nettement revalorisées sur dix ans, avant un palier depuis 2023 ; les autres domaines ont progressé plus modestement. La demande porte sur les vieux millésimes des signatures, pas sur les bouteilles récentes.

Bon à savoir — Patrimonio n'est pas le Muscat du Cap Corse

Les domaines de Patrimonio — Arena, Leccia, Giudicelli — produisent aussi du Muscat du Cap Corse, vin doux naturel qui relève d'une appellation distincte et se vend en bouteille de 50 ou 75 cl. Une étiquette « Muscat » d'un domaine de Patrimonio n'est donc pas un Patrimonio, et sa cote se lit à part — voyez notre panorama des vins de Corse.

Vous avez des Patrimonio en cave : que faire ?

  • Cherchez le nom d'Arena — et lequel. Les bouteilles signées Antoine Arena (Carco, Morta Maio, Grotte di Sole avant 2014) sont celles qui se vendent à l'unité au prix fort. Celles d'Antoine-Marie et de Jean-Baptiste Arena, plus récentes, ont leur propre cote : elles se lisent sur leur ligne du tableau, pas sur celle du père.
  • Isolez les vieux millésimes des signatures. Un Carco des années 1998 à 2016, un Morta Maio de 2007 ou 2008, un Porcellese de Mariotti Bindi : ces bouteilles justifient une estimation millésime par millésime avant toute mise en vente — notre guide vendre ses vins détaille les canaux et leurs frais.
  • Les rosés se boivent ; les blancs se revendent, mais jeunes. Le rosé n'a pas de marché secondaire. Le vermentinu, lui, se cote au même niveau que le rouge — mais il se boit dans ses premières années, seuls les grands blancs supportant une longue garde.
  • Regardez l'état. Sur une bouteille de quinze ans conservée sur l'île, le niveau et l'étiquette décident de tout. Notre guide Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? détaille la marche à suivre.

Vous possédez des vins de Patrimonio ?

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Questions fréquentes

Pour les domaines établis — Yves Leccia (E Croce), Giudicelli, Jean-Baptiste et Antoine-Marie Arena, Clos Signadore, Nicolas Mariotti Bindi —, la moitié centrale des cotes se situe entre 25 et 35 € la bouteille, en rouge comme en blanc. Une étiquette sans signature reconnue, de négoce ou de coopérative, se négocie entre 10 et 25 €. Seul Antoine Arena se détache : ses Carco et Morta Maio valent le plus souvent entre 35 et 50 €, et ses vieux millésimes montent jusqu'à 100 € pour le Carco rouge 1998 et 75 € pour le Carco blanc 2014.
Ceux d'Antoine Arena, et de loin : le Carco rouge se cote entre 20 et 100 € selon le millésime (100 € pour le 1998, autour de 95 € pour le 2011), le Carco blanc entre 20 et 75 € (75 € pour le 2014), le Morta Maio entre 35 et 60 €. Derrière, Nicolas Mariotti Bindi (Porcellese, 20 à 50 €), Domaine Giudicelli (20 à 45 €) et Antoine-Marie Arena (25 à 45 €) forment le second cercle. Aucun autre Patrimonio ne dépasse 40 € de façon régulière.
Entre 20 et 100 € selon la cuvée et le millésime. Les millésimes récents du Carco, rouge ou blanc, se cotent entre 20 et 30 € ; les millésimes 2011 à 2016 entre 35 et 95 € ; le Carco rouge 1998 atteint 100 €. Le Morta Maio se tient entre 35 et 60 €. Depuis 2014, les fils d'Antoine Arena signent leurs propres vins : ceux d'Antoine-Marie (Hauts de Carco, Memoria) entre 25 et 45 €, ceux de Jean-Baptiste (Grotte di Sole) entre 20 et 35 € — le nom d'Arena ne transfère pas mécaniquement la cote du père.
Les rouges de niellucciu tiennent cinq à quinze ans chez les bons domaines, davantage chez Antoine Arena, dont les Carco des années 1998 à 2011 sont aujourd'hui recherchés. Les blancs de vermentinu se boivent dans leurs trois à huit ans — ce qui n'empêche pas un Carco blanc 2014 de se coter 75 €. Les rosés sont à boire dans l'année et n'ont pas de marché secondaire. Dans tous les cas, l'âge ne fait monter la valeur que sur les signatures : un Patrimonio courant de quinze ans ne vaut pas plus qu'un récent.
Tout dépend de l'étiquette. Les bouteilles qui justifient une estimation à l'unité sont les cuvées d'Antoine Arena, surtout les millésimes des années 1998 à 2016, et dans une moindre mesure les Porcellese de Mariotti Bindi et les vieux E Croce. Le reste de la cave relève d'abord de la table. Une estimation indépendante sert justement à faire ce tri avant d'engager le moindre frais.

Page mise à jour le 22 septembre 2026.