Le Bandol est le grand rouge de garde de la Provence — et le cœur de sa cote. Dans le panorama des cotes & marché, c'est l'exception d'une région tournée vers le rosé : bâti sur le mourvèdre, il traverse les décennies et se négocie durablement à la revente. Voici ce qu'il vaut, domaine par domaine, et ce qui fait l'écart entre deux bouteilles.
Vous avez des Bandol en cave ? Découvrez ce que vaut chaque bouteille — et quoi en faire.
Estimer vos BandolQu'est-ce que le Bandol
Bandol est une appellation du Var, étirée sur les coteaux en restanques (terrasses) qui dominent la baie de Bandol, sur huit communes autour du Castellet et de La Cadière-d'Azur. Reconnue AOC dès 1941, elle couvre environ 1 600 hectares et produit les trois couleurs — mais toute sa réputation tient au rouge.
Ce rouge est bâti sur un cépage exigeant : le mourvèdre, qui doit représenter au moins 50 % de l'assemblage — et grimpe souvent à 70, 80, voire 95 % chez les meilleurs. Tardif, il a besoin du soleil et de l'air marin pour mûrir : Bandol est l'un des rares terroirs français où il donne le meilleur de lui-même. Le cahier des charges impose ensuite un élevage d'au moins 18 mois en foudre de chêne. Il en résulte un vin dense, tannique et austère dans sa jeunesse, taillé pour la garde. À côté, le rosé de Bandol — lui aussi à base de mourvèdre — est l'un des plus sérieux de France, et le blanc reste une curiosité confidentielle.
Bon à savoir — un rouge qu'il ne faut pas juger jeune
Ouvert trop tôt, un grand Bandol paraît fermé, dur, presque rêche : c'est normal. Le mourvèdre demande du temps — souvent huit à dix ans — pour se fondre et livrer ses arômes de fruits noirs, de garrigue et de cuir. Beaucoup de bouteilles sont bues (ou jugées) trop tôt. À l'inverse, un vieux Bandol bien conservé est précisément ce que recherche le marché : ne le sous-estimez jamais sur sa seule jeunesse apparente.
Combien vaut un Bandol : la cote par domaine
En Provence plus qu'ailleurs, c'est le nom du domaine et la cuvée qui font le prix — l'appellation, à elle seule, renseigne peu. Une poignée de producteurs concentre l'essentiel de la valeur de garde, avec des écarts qui vont du simple au décuple chez un même domaine selon la cuvée et le millésime. Le tableau ci-dessous donne les fourchettes indicatives par domaine sur le marché secondaire, pour une bouteille (75 cl) en bon état.
| Domaine | Cuvée / profil phare | Niveau de cote | Fourchette indicative |
|---|---|---|---|
| Domaine Tempier | Cabassaou, La Tourtine, La Migoua | Culte, la référence | 35 – 350 € |
| Château de Pibarnon | Bandol rouge (et blanc réputé) | Très recherché | 30 – 190 € |
| Château Pradeaux | Vieilles vignes, tanins de longue garde | Recherché | 25 – 130 € |
| Domaine de Terrebrune | Bandol rouge, terroir de trias | Recherché | 25 – 120 € |
| Domaine de la Bégude | La Brûlade, vignoble d'altitude (bio) | Recherché | 30 – 95 € |
| Domaine du Gros'Noré | Bandol rouge, cuvée Antoinette | Recherché | 35 – 90 € |
| Château Vannières | Bandol (surtout vieux millésimes) | Recherché | 20 – 60 € |
Fourchettes indicatives par domaine sur le marché secondaire (ventes entre particuliers et enchères) — la valeur réelle de revente d'une bouteille en bon état, hors marges du commerce de détail. Relevé du 22 juillet 2026 ; les cuvées parcellaires et les vieux millésimes se situent en haut de chaque fourchette.
Autour de ce cercle de tête gravite une seconde ligne de bons domaines de Bandol — La Bastide Blanche, Domaine de la Tour du Bon, Château Sainte-Anne, Domaine de l'Hermitage ou Moulin des Costes (Bunan) — souvent en bio ou biodynamie, plus accessibles et plus confidentiels à la revente. Ce sont d'excellents vins, mais dont la cote ne décolle vraiment que sur les vieux millésimes et les grandes années. Comme partout à Bandol, c'est la signature et l'âge, pas la mention « Bandol », qui commandent la valeur.
Ce qui fait varier le prix d'un Bandol
Plusieurs facteurs se combinent — au premier rang desquels le domaine et la cuvée.
- Le domaine et la cuvée avant tout. Chez un même producteur, l'écart va du simple au décuple : un Tempier « classique » se négocie autour de 35-50 €, sa cuvée parcellaire Cabassaou dépasse 300 € pour les grandes années. Lisez la cuvée avant d'estimer.
- Le millésime. Les grandes années et les vieux millésimes encore sains se valorisent nettement. Le mourvèdre, très endurant, traverse les décennies — c'est un vin où l'ancienneté ajoute de la valeur au lieu d'en retirer.
- L'état de la bouteille. Niveau, couleur, capsule et étiquette pèsent d'autant plus que beaucoup de caves du Midi subissent des étés chauds. Les rouges de garde encaissent bien, mais contrôlez le niveau avant toute vente.
- La couleur. Le rouge porte la cote. Le rosé de Bandol, plus sérieux que la moyenne provençale, garde une valeur modeste ; le blanc, rare, reste une niche de connaisseurs.
- La rareté des cuvées. Les parcellaires produites en quelques milliers de bouteilles (Cabassaou, La Tourtine…) sont les plus recherchées — la prime tient à la petite production, pas au format.
Pour le cadre général des critères qui font le prix d'une bouteille, tous vignobles confondus, consultez notre guide dédié.
Apogée et potentiel de garde
C'est la clé de la cote du Bandol. Là où le rosé provençal se boit dans l'année, le rouge de Bandol est un authentique vin de garde : austère et tannique dans sa jeunesse, il demande huit à dix ans pour s'ouvrir, atteint son apogée entre quinze et vingt-cinq ans, et les grands millésimes des meilleurs domaines dépassent allègrement trente ans. Cette longévité, exceptionnelle dans le sud de la France, tient au mourvèdre et à l'élevage en foudre.
Concrètement, cela commande l'arbitrage garder ou vendre : un jeune Bandol de domaine coté est un vin « en devenir », qu'il vaut souvent mieux laisser mûrir ; un vieux millésime à son apogée est, lui, au sommet de sa valeur — le bon moment pour vendre. Un 1990 bien conservé des références s'échange aujourd'hui de 120 à plus de 300 € selon le domaine : la preuve qu'ici, le temps travaille pour la bouteille.
Le Domaine Tempier, référence du Bandol
Si un seul nom résume la cote du Bandol, c'est le Domaine Tempier. Porté par la famille Peyraud et révélé à l'international par l'importateur américain Kermit Lynch, il a fait du mourvèdre de Bandol un vin de garde reconnu dans le monde entier. Sa hiérarchie interne illustre parfaitement la logique de l'appellation : le Bandol « classique » autour de 35-50 €, puis les cuvées parcellaires La Migoua et La Tourtine, et enfin la rare Cabassaou — quelques milliers de bouteilles issues des plus vieux mourvèdres — qui s'échange de 110 à plus de 300 € pour les grandes années.
C'est aussi Tempier qui signe la plus belle enchère récente de Bandol (voir ci-dessous). Retenez la règle : chez les grands domaines de l'appellation, identifiez la cuvée avant le millésime — c'est elle qui fait le gros de l'écart de prix.
Tendance et liquidité : le socle de la cote provençale
Sur un marché provençal étroit et dominé par le rosé, le Bandol occupe une place à part : c'est le rouge le plus liquide et le plus régulier de la région. Sa demande est stable, portée par sa garde — qui limite les mauvaises surprises sur l'état des bouteilles — et par une reconnaissance internationale ancienne, notamment aux États-Unis.
La hiérarchie se lit dans les enchères. En 2024, la maison d'enchères iDealwine adjugeait une Cabassaou 1990 du Domaine Tempier à 338 € la bouteille — la deuxième plus belle enchère provençale de l'année, juste derrière un Trévallon 1988. Sous ce sommet, les vieux millésimes des références se négocient bien : un Pibarnon 1990 s'est adjugé 188 €, un Pradeaux 1990 autour de 130 €, un Terrebrune 1990 à 119 €. Des niveaux qui confirment le statut du Bandol comme valeur sûre de la cave provençale.
Le Bandol n'est qu'une facette du marché provençal. Pour situer vos bouteilles dans l'ensemble de la région — Trévallon, Palette, les rosés de prestige — consultez notre page cote et valeur des vins de Provence.
Vous avez des Bandol en cave : que faire ?
Plusieurs situations justifient une estimation précise plutôt qu'une simple recherche en ligne :
- Vous repérez un domaine de référence (Tempier, Pibarnon, Pradeaux, Terrebrune, Gros'Noré…) — surtout sur un millésime ancien : la valeur potentielle mérite une vérification au cas par cas.
- Vous avez de vieux Bandol rouge. Ne les jetez jamais sans contrôle : le mourvèdre traverse les décennies et leurs millésimes anciens se négocient bien — encore faut-il identifier domaine, cuvée et année.
- Vous avez hérité d'une cave dans le Sud et ne savez pas trier entre les rosés à boire et les Bandol à expertiser. Notre guide Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? détaille la marche à suivre.
- Vous envisagez de vendre. Connaître la valeur marché neutre de chaque bouteille avant de contacter une maison de ventes ou un caviste vous place en position de négocier.
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Page mise à jour le 22 juillet 2026.