Longtemps cantonnée aux blancs légers des stations de ski, la Savoie est en train de gagner ses lettres de noblesse : une poignée de vignerons alpins a hissé la mondeuse, le gringet et la roussanne au rang de vins recherchés, et le marché secondaire commence à suivre. La valeur reste néanmoins minuscule et très concentrée — quelques signatures, au milieu d'une production de plaisir à boire jeune. Au sein de nos cotes & marché, cette page situe la valeur des vins de Savoie — par appellation, par domaine et par style.

Vous avez des vins de Savoie en cave ? Découvrez ce que vaut chaque bouteille — et quoi en faire.

Estimer vos vins de Savoie

La Savoie, un vignoble alpin qui sort de l'ombre

Avec 2 270 hectares répartis sur quatre départements — Savoie, Haute-Savoie, Isère et Ain —, le vignoble savoyard est l'un des plus petits de France, vestige d'un domaine qui dépassait 20 000 hectares avant le phylloxéra. Son image aussi est restée longtemps modeste : celle des blancs d'après-ski, jacquère d'Apremont ou des Abymes, servis frais sur les fondues et bus dans l'année. Une production de plaisir, sans marché secondaire.

Mais depuis une génération, une poignée de vignerons a changé la donne en prouvant que les Alpes pouvaient produire de grands vins de terroir : Michel Grisard au Prieuré Saint-Christophe, pionnier de la biodynamie et de la mondeuse de garde, dont les dernières cuvées cotent aujourd'hui plusieurs centaines d'euros ; Dominique Belluard à Ayze, qui a sauvé le cépage gringet et l'a hissé au rang de culte ; ou le Domaine des Ardoisières à Cevins, devenu la signature montante des Alpes sur des coteaux replantés en terrasses. Un marché encore minuscule, mais réel — et en croissance.

Bon à savoir — un marché jeune, sur une base très étroite

La cote savoyarde est récente et tient à une poignée de signatures : en dehors de ce cercle, l'immense majorité des bouteilles de la région — jacquères, crémants, vins de stations — sont des vins de plaisir, à boire jeunes, sans valeur de revente. La progression est réelle mais la liquidité encore limitée : comptez sur la rareté des grands noms, pas sur l'appellation.

Les appellations de Savoie et leur cote

La Savoie compte 4 AOC : Vin de Savoie — le socle, décliné en 16 crus d'Apremont à Ayze —, Roussette de Savoie et ses 4 crus réservés à l'altesse, Seyssel et Crémant de Savoie. S'y ajoutent l'IGP Vin des Allobroges, qui abrite plusieurs des vins les plus cotés de la région, et le vignoble voisin du Bugey (Ain). Le tableau ci-dessous donne le niveau de cote de chacune.

Appellation / cru Profil Niveau de cote
IGP Vin des Allobroges Hors AOC — abrite les Ardoisières et le Prieuré Saint-Christophe Le sommet du marché
Ayze (cru) Le fief du gringet, cépage sauvé par le Domaine Belluard Culte et confidentiel
Chignin-Bergeron (cru) La roussanne alpine — le blanc de garde savoyard Recherché (signatures)
Arbin (cru) Le berceau de la mondeuse de garde Quelques signatures
Roussette de Savoie (4 crus) Altesse — Frangy, Marestel, Monthoux, Monterminod Confidentiel, apprécié
Apremont & Abymes (crus) Jacquère — les blancs des stations, premiers volumes Vin de plaisir
Seyssel Altesse et molette, tranquilles et effervescents Vin de plaisir
Crémant de Savoie Le benjamin des crémants français (2015) Vin de plaisir
Bugey (Ain) Le voisin — Montagnieu, Cerdon et ses bulles rosées Vin de plaisir, quelques signatures

Bon à savoir — le sommet savoyard est en IGP, pas en AOC

Comme la Grange des Pères en Languedoc ou Trévallon en Provence, plusieurs vignerons de pointe des Alpes travaillent hors des cadres d'appellation, en IGP Vin des Allobroges : le Domaine des Ardoisières et les dernières cuvées du Prieuré Saint-Christophe — précisément les vins les plus cotés de la région. Sur une étiquette savoyarde, la catégorie ne dit rien de la valeur : c'est le domaine et la cuvée qui font le prix.

Les domaines qui ont une cote

Le marché savoyard tient dans une table courte : deux noms fondateurs devenus cultes, la signature montante des Alpes, et les références des grands crus blancs et rouges. Voici les noms à reconnaître dans une cave, avec leur fourchette indicative sur le marché secondaire.

Domaine Appellation / cuvée phare Niveau de cote Fourchette indicative
Prieuré Saint-Christophe (M. Grisard) Vin des Allobroges — mondeuse (Tradition, Prestige) Culte, rarissime 200 – 480 €
Domaine Belluard Ayze — gringet (Le Feu, Mont Blanc) Culte 30 – 120 €
Gilles Berlioz (Dom. Partagé) Chignin-Bergeron (Les Filles, Les Christine) Recherché (bio) 30 – 80 €
Domaine des Ardoisières Vin des Allobroges (Quartz, Améthyste) Très recherché 20 – 80 €
Jean-Yves Péron Savoie — cuvées nature (Côtillons…) Recherché (nature) 35 – 70 €
Louis Magnin Arbin — mondeuse (Tout un Monde) Référence classique 20 – 50 €
Domaine Giachino Savoie — bio & nature (Monfarina) Recherché (bio) 15 – 30 €
André & Michel Quenard Chignin-Bergeron Référence classique 15 – 30 €

Fourchettes par domaine ancrées sur les résultats du marché secondaire (valeur réelle de revente, hors marges du commerce de détail) — relevé du 16 juillet 2026. Les cuvées rares et les vieux millésimes se situent en haut de chaque fourchette. À l'opposé de ces signatures, l'essentiel des vins de Savoie se revend rarement au-delà de son prix d'achat.

Bon à savoir — deux domaines cultes, deux histoires de rareté

Les deux sommets savoyards doivent leur cote à la rareté : le Prieuré Saint-Christophe a cessé sa production avec le retrait de Michel Grisard, figeant l'offre de ses mondeuses — d'où des cotes qui atteignent 450 € et progressent encore ; au Domaine Belluard, la disparition de Dominique Belluard en 2021 a rendu ses gringets d'Ayze très recherchés. Sur ces deux noms, chaque millésime en bon état mérite une vérification précise.

Les styles de Savoie : où se concentre la valeur

Derrière l'image des blancs de fondue, la Savoie décline des styles très différents — et une hiérarchie de valeur bien précise, inversée par rapport aux volumes produits.

Les grands styles de Savoie et leur liquidité sur le marché

Les cultes alpins Prieuré St-Christophe, Belluard, Ardoisières Recherchés, offre figée Productions arrêtées ou minuscules : la rareté tire les cotes, jusqu'à 475 € pour les mondeuses. Le sommet du marché Crus de terroir Chignin-Bergeron, Arbin, Roussette de Savoie La niche qui monte Roussanne, altesse et mondeuse de garde : la cote se joue sur le nom du vigneron. À suivre de près Blancs d'après-ski Apremont, Abymes, crémants, Cerdon Aucun marché secondaire L'essentiel des volumes : des vins frais et joyeux, faits pour la table et l'année, pas la revente. À boire, surtout
  • Les cultes alpins — les mondeuses et altesses du Prieuré Saint-Christophe, les gringets de Belluard, les cuvées de schistes des Ardoisières : des productions arrêtées ou minuscules, dont la rareté tire les cotes. C'est le sommet du marché savoyard.
  • Les crus de terroir — le Chignin-Bergeron (roussanne), l'Arbin (mondeuse de garde) et la Roussette de Savoie (altesse) : la niche qui monte, portée par le nom du vigneron plus que par le cru. Voir aussi notre guide sur l'estimation des vins bio et nature, très présents en Savoie.
  • Les blancs d'après-ski et les bulles — Apremont, Abymes, crémants et Cerdon du Bugey : l'essentiel des volumes, des vins frais à boire dans l'année, sans valeur de revente.

Lire et estimer une cave savoyarde

Quelques particularités du marché savoyard méritent d'être connues pour éviter les erreurs d'estimation.

La signature prime — souvent en IGP

Les vins les plus cotés des Alpes sont en IGP Vin des Allobroges, pas dans les crus les plus connus. Un Apremont reste un vin de plaisir quel que soit son âge ; une mondeuse du Prieuré Saint-Christophe ou un gringet de Belluard méritent, eux, une vérification systématique. Identifiez le domaine avant l'appellation.

La mondeuse et le bergeron se gardent — la jacquère non

La mondeuse d'Arbin, poivrée et structurée, vieillit dix à quinze ans chez les bons vignerons ; le Chignin-Bergeron et l'altesse gagnent en complexité avec les années. À l'inverse, la jacquère (Apremont, Abymes) est un vin de fraîcheur : passé deux ou trois ans, elle n'a plus de valeur marchande.

Le trésor caché des caves alpines : la vieille Chartreuse

Dans les caves de famille savoyardes, la bouteille la plus précieuse n'est souvent pas un vin : les anciennes Chartreuses des Pères Chartreux — vertes ou jaunes — sont très recherchées des collectionneurs. Les records donnent le vertige : le 3 avril 2021, la maison de ventes Bennour, à Aix-les-Bains, adjugeait une chartreuse verte des années 1840-1852 à 46 800 € — record mondial —, et les mises de la période Tarragone (1903-1989) dépassent couramment le millier d'euros. Ne jetez jamais une vieille Chartreuse sans vérification.

L'état, déterminant sur les cuvées nature

La Savoie compte beaucoup de vignerons nature : sur ces cuvées, le niveau, la couleur et l'état de l'étiquette pèsent lourd dans la valeur. Les mondeuses et bergerons classiques, plus robustes, traversent mieux les années.

Vous avez des vins de Savoie en cave : que faire ?

Toutes les bouteilles savoyardes ne justifient pas une démarche d'estimation. Une cave d'Apremont et de crémants a une valeur prévisible — et périssable. En revanche, plusieurs situations rendent une estimation indépendante particulièrement utile.

  • Vous repérez l'un des noms recherchés. Si une étiquette porte la mention Prieuré Saint-Christophe, Belluard, Ardoisières, Gilles Berlioz ou Jean-Yves Péron, la valeur potentielle justifie systématiquement une vérification précise.
  • Vous trouvez une vieille Chartreuse. Verte ou jaune, c'est peut-être la bouteille la plus précieuse de la cave — les mises anciennes se négocient de plusieurs centaines d'euros à plusieurs dizaines de milliers pour les flacons historiques.
  • Vous avez hérité d'une cave alpine. Entre les blancs à boire, les mondeuses de garde et les liqueurs anciennes, difficile de trier sans repère. Notre guide Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? détaille la marche à suivre.
  • Vous envisagez de vendre. Connaître la valeur marché neutre de chaque bouteille avant de contacter une maison de ventes, un caviste ou un acheteur vous place en position de négocier.
  • Une succession ou un partage est en cours. Le rapport d'estimation indépendant offre, dans ce contexte, une base de discussion objective et partagée entre les parties. Voir notre guide Hériter d'une cave à vins.

Pour comprendre plus largement les critères qui font la valeur d'une bouteille, tous vignobles confondus, consultez notre article : Combien vaut une bouteille de vin : les critères qui font le prix.

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Questions fréquentes

Le sommet du marché savoyard est tenu par les dernières mondeuses du Prieuré Saint-Christophe de Michel Grisard, qui se négocient de 200 à près de 500 € — une Mondeuse Prestige 2009 s'est adjugée 475 € en 2024. Viennent ensuite les gringets d'Ayze du Domaine Belluard (Le Feu, autour de 80 € et davantage sur les millésimes rares), les cuvées du Domaine des Ardoisières (Quartz, Améthyste, 55 à 80 €), les Chignin-Bergeron de Gilles Berlioz et les vins nature de Jean-Yves Péron. Le reste de la production savoyarde reste un vin de plaisir, sans marché secondaire.
Une petite partie, oui. Les blancs légers de jacquère (Apremont, Abymes) sont faits pour être bus jeunes et ne se revendent pas. Mais la Savoie compte de vrais vins de garde : la mondeuse d'Arbin, structurée et poivrée, vieillit dix à quinze ans ; le Chignin-Bergeron (roussanne) et l'altesse gagnent en complexité ; le gringet d'Ayze a prouvé sa longévité. Sur ces bouteilles, une cote émergente existe — concentrée sur une poignée de signatures alpines.
Comme ailleurs en France, plusieurs vignerons de pointe travaillent hors des cadres d'appellation, en IGP Vin des Allobroges : c'est le cas du Domaine des Ardoisières à Cevins, la signature montante des Alpes, et des dernières cuvées du Prieuré Saint-Christophe — précisément les vins les plus cotés de la région. Sur une étiquette savoyarde, la catégorie ne dit donc rien de la valeur : c'est le nom du domaine et de la cuvée qui fait le prix.
Oui, souvent bien plus que les vins qui l'entourent. Les anciennes bouteilles de Chartreuse des Pères Chartreux — verte ou jaune — atteignent des sommets aux enchères : record mondial de 46 800 € en 2021 pour une verte des années 1840-1852, plus de 11 000 € pour des jaunes de la période Tarragone (1912-1913), et couramment plus de 1 000 € pour les mises de Tarragone (1903-1989). Même des mises plus courantes se négocient plusieurs centaines d'euros. C'est l'un des trésors les plus fréquents des caves de famille alpines : ne jetez jamais une vieille Chartreuse sans vérification.

Page mise à jour le 16 juillet 2026.