Château Mouton Rothschild est le seul cru à avoir forcé les portes du classement de 1855 : promu premier cru en 1973, il conjugue un grand terroir de Pauillac, une collection d'étiquettes d'artistes unique au monde et des millésimes de légende. Au sein de nos cotes & marché et de la région Bordeaux, cette fiche donne des repères de cote sur ses millésimes emblématiques et montre comment estimer vos bouteilles.

Vous possédez des Mouton Rothschild ? Découvrez la valeur exacte de chaque bouteille, millésime par millésime — et quoi en faire.

Estimer vos Mouton Rothschild

Ce qui fait la valeur d'un Mouton

Un premier cru, conquis en 1973

Mouton Rothschild est l'unique château à avoir fait modifier le classement de 1855 : après des décennies de campagne menée par le baron Philippe de Rothschild, il est promu premier cru classé en 1973 (par décret signé de Jacques Chirac, alors ministre de l'Agriculture), seule révision de l'histoire du classement. Depuis, il figure aux côtés de Lafite, Latour, Margaux et Haut-Brion au sommet du Médoc — et sa devise, « Premier je suis, second je fus, Mouton ne change », résume cette conquête.

Cette conquête est l'œuvre d'un homme : le baron Philippe de Rothschild, installé au domaine dès 1922 et qui régna sur Mouton plus de soixante ans. Dès 1924, il impose la mise en bouteille au château — une révolution qui arrache au négoce le contrôle de l'élevage et garantit l'authenticité du vin —, puis crée les étiquettes d'artistes en 1945 et, au terme d'un demi-siècle de lobbying, obtient la promotion de 1973. À sa mort en 1988, sa fille la baronne Philippine lui succède — elle abandonne le théâtre pour reprendre le domaine et le moderniser jusqu'en 2014. Mouton appartient aujourd'hui à ses trois enfants, Camille, Philippe et Julien de Rothschild. Cette continuité familiale, rare parmi les premiers crus, fait partie de l'aura du nom.

Le millésime, facteur numéro un

C'est le levier dominant. À l'intérieur d'un même château, l'estimation va de 300 € à 9 000 € — un facteur trente — selon la seule année. Les millésimes de légende (1945, 1959, 1982, 1986, tous notés 100/100 par Robert Parker) tirent les valeurs vers le haut, le 1945 occupant une catégorie à part ; les grands millésimes modernes (2000, 2005, 2010) forment un second peloton de prestige, tandis que les années plus faibles restent estimables mais sans la prime de rareté.

L'apogée et le temps de garde

Un grand Mouton — premier cru de Pauillac dominé par le cabernet-sauvignon, le cépage le plus tannique et le plus apte à la garde du Médoc — se déguste sur plusieurs décennies : trente, quarante, souvent cinquante ans et plus pour les grands millésimes. Cet horizon de garde commande l'arbitrage. Les millésimes anciens et matures (1945, 1959, 1982) sont sur leur plateau : leur valeur est « faite ». Les millésimes jeunes et structurés (2005, 2010) sont encore loin de leur sommet : leur valeur a une marge d'appréciation à mesure qu'ils entrent dans leur fenêtre de maturité. Vendre un vin à son apogée, conserver un vin en devenir : c'est la logique de base de tout arbitrage — et ce qui rend une estimation millésime par millésime indispensable.

L'étiquette d'artiste, prime de désirabilité

Depuis le millésime 1945 et son « V » de la Victoire, Mouton confie chaque année son étiquette à un artiste différent : Dalí (1958), Miró (1969), Picasso (1973), Warhol (1975), Bacon (1990), Jeff Koons (2010)… Cette dimension artistique nourrit la désirabilité et le marché des séries complètes. Mais elle reste un facteur secondaire : un grand artiste sur une petite année ne fait pas une grande valeur — ce sont d'abord le millésime, l'état et la rareté qui commandent.

Estimer vos Mouton, millésime par millésime

Une cote par millésime donne un repère, mais une estimation répond à une autre question : que faire de vos bouteilles ? Voici, sur une petite cave illustrative, la forme que prend un rapport — chaque flacon analysé, avec une recommandation conserver, vendre ou surveiller, et le raisonnement derrière la décision.

Exemple illustratif. La cave présentée ici est fictive. Les estimations reflètent en revanche la valeur réelle de chaque millésime sur le marché secondaire à la mi-2026. Votre cave peut faire l'objet d'une analyse personnalisée.
10
bouteilles · 6 millésimes
≈ 14 300
valeur estimée
Contrastée
liquidité globale

Estimation = valeur vénale par bouteille de 75 cl : ce qu'une vente rapporterait sur le marché secondaire, à la mi-2026, avant les frais de transaction propres à chaque canal.

1945« V » de la Victoire — Philippe Jullian

Conserver

Estimation : ≈ 9 000 € / bouteille · 1 bouteille · garde 10+ ans (pièce patrimoniale)

Pièce trophée absolue : première étiquette d'artiste de l'histoire du château — le « V » de la Victoire de Philippe Jullian — et l'un des plus grands millésimes du XXe siècle. La critique le place au sommet : 100/100 chez Robert Parker, qui le compte parmi « les vins immortels du siècle », et 98/100 de moyenne sur l'ensemble des dégustateurs. Sa cote progresse encore, portée par une rareté extrême et une demande internationale qui ne faiblit pas.

Un point de vigilance déterminant : à cet âge, l'estimation n'est soutenable que si l'état du flacon est cohérent avec l'ancienneté du millésime. Niveau, étiquette, capsule et provenance pèsent lourd, une expertise physique avant toute mise en marché est obligatoire. Socle patrimonial, à conserver dans des conditions irréprochables.

1982John Huston

Vendre

Estimation : ≈ 800 € / bouteille · 2 bouteilles · canal : vente aux enchères

Référence mondiale, 100/100 Parker, l'un des plus grands Mouton jamais produits et l'un des Bordeaux les plus emblématiques des dernières décennies. Deux lectures s'affrontent. Le conserver se défend : le vin n'est pas en déclin, il tient sans risque jusque vers 2050, et son statut iconique en fait une valeur sûre que l'on ne regrette jamais d'avoir gardée.

Mais le vendre s'impose dans une logique d'arbitrage : la cote est faite, l'apogée dans un plateau idéal, et surtout la liquidité est maximale : c'est l'un des millésimes les plus échangés du château, qui trouve preneur très facilement.

Comme la valeur a peu de marge de progression (le vin est déjà au sommet de sa notoriété) et que la cave cherche à dégager des liquidités, l'arbitrage penche ici nettement pour la vente : on capte une valeur élevée, immédiatement réalisable, sans pari sur l'avenir. Canal naturel : les enchères, où la demande internationale est la plus profonde.

2000Bélier doré gravé — sans étiquette d'artiste

Surveiller

Estimation : ≈ 1 100 € / bouteille · 1 bouteille · réexamen 2028

Millésime mythique du passage au siècle, et l'un des plus désirables de Mouton : l'an 2000 a échappé à la tradition de l'étiquette d'artiste au profit d'un bélier doré gravé directement dans le verre, qui fait de la bouteille elle-même un objet de collection. Sa cote raconte une trajectoire de fond remarquable : une ascension quasi continue sur deux décennies.

Depuis, elle a corrigé avec l'ensemble des grands bordeaux après le pic spéculatif de 2021-2022 et semble s'être stabilisée. C'est la variable d'ajustement de la cave : son statut collector et la solidité de sa trajectoire longue plaident pour la conservation, mais sa valeur unitaire élevée en fait le premier lot à mobiliser si la situation exige des liquidités au-delà des ventes prévues.

À réexaminer en 2028, pour confirmer si la stabilisation s'étend ou si la cote repart à la hausse.

2005Giuseppe Penone

Conserver

Estimation : ≈ 490 € / bouteille · 2 bouteilles · garde 10-15 ans

Grand millésime bordelais classique, structuré et profond, dont Robert Parker a relevé la note jusqu'à 99 après plusieurs années de garde — un signal de potentiel rare. Sa valeur actuelle, modeste pour un Mouton de ce rang, illustre un mécanisme de marché classique : un vin encore jeune, loin de son apogée, se cote sous les millésimes déjà matures, car le marché valorise d'abord ce qui est prêt à boire.

C'est précisément ce qui en fait un vin à conserver : en début de sa longue fenêtre (2018-2040 et au-delà), il a une réelle marge d'appréciation à mesure qu'il gagnera en maturité et que les volumes en circulation se raréfieront. Le céder aujourd'hui reviendrait à vendre avant la valorisation. À conserver dix à quinze ans — c'est l'un des deux moteurs de plus-value de la cave.

2010Jeff Koons

Conserver

Estimation : ≈ 490 € / bouteille · 2 bouteilles · garde 15+ ans

Sommet de la décennie, ce 2010 affiche la plus forte proportion de Cabernet Sauvignon de l'histoire du château (94 %) : un vin puissant, dense et tannique, taillé pour une garde très longue, que la critique projette jusque vers 2060 (99/100 Robert Parker, 100/100 chez Suckling et Decanter).

Son léger repli de cote après le pic de 2021/2022 est conjoncturel et ne change rien à sa trajectoire de fond : encore loin de son apogée, il fait partie des flacons dont la valeur a le plus de chemin à parcourir. Comme le 2005, il constitue un réservoir de valorisation de la cave, à conserver et non à vendre dans un creux de marché. Garde recommandée : quinze ans et plus, dans des conditions stables.

2013Lee Ufan

Vendre

Estimation : ≈ 300 € / bouteille · 2 bouteilles · canal : vente

Millésime franchement difficile à Bordeaux : floraison ratée, pluies de septembre et pourriture ont donné des vins déséquilibrés sur la rive gauche, et Mouton, malgré un effort réel pour sauver la récolte, n'échappe pas au profil d'une année faible. Le vin est à boire dès maintenant et n'offre pas de potentiel de garde longue ; sa valeur, déjà au plancher pour un premier cru, ne progressera pas ou peu.

Dans une logique d'arbitrage, la décision est claire : le céder sans attendre. Il reste Mouton, ce qui lui confère une demande réelle aux enchères malgré le millésime — un atout que les châteaux moins prestigieux d'années faibles n'ont pas. L'immobiliser plus longtemps n'apporterait rien ; le vendre libère de la valeur immédiatement.

La logique d'ensemble

Le socle patrimonial (1945) et les réservoirs de valorisation encore jeunes (2005, 2010) se conservent ; le 1982, à son pic de liquidité, et le 2013, année faible sans perspective, se vendent — le premier aux enchères, où la demande est mondiale. Le 2000, mythique mais à la valeur unitaire élevée, se surveille : la variable d'ajustement. À ce niveau, la provenance, l'état du flacon et l'étiquette peuvent à eux seuls déplacer une estimation de plusieurs centaines d'euros.

Voir l'exemple de rapport complet, sur dix millésimes et avec plan d'action →

Tendance & liquidité

Mouton Rothschild est l'un des vins les plus échangés au monde : chaque grand millésime trouve preneur facilement, porté par une demande internationale profonde et par l'attrait des séries d'étiquettes d'artistes. L'ensemble des grands bordeaux a connu un pic spéculatif en 2021-2022, suivi d'une correction et d'une normalisation des cotes : les millésimes récents reflètent ce reflux conjoncturel, sans rien retirer à leur qualité propre — tandis que le 1945 progresse encore, porté par une rareté que les cycles n'atteignent pas.

Aux sommets, les grands formats et les provenances d'exception atteignent des niveaux vertigineux : en février 2007, un jéroboam de Mouton 1945 s'est adjugé 310 700 $ chez Sotheby's à New York — un rappel que, sur ce nom, la rareté et l'aura pèsent autant que le vin lui-même.

Vendre ou faire estimer un Mouton

À ce niveau de valeur, deux facteurs décident du prix réel bien plus que la cote affichée : la provenance (traçabilité, caisse d'origine, historique de conservation) et l'état du flacon (niveau, étiquette, capsule). Sur un premier cru, un flacon parfaitement documenté peut valoir sensiblement plus qu'une bouteille « orpheline » au parcours inconnu — la contrefaçon et les mauvaises conservations existent sur ce segment, et les acheteurs les redoutent.

Avant de céder une ou plusieurs bouteilles, il est donc prudent de faire établir une valeur neutre, bouteille par bouteille, puis de décider lesquelles garder, lesquelles vendre, et à quel moment. C'est exactement l'objet d'un rapport d'estimation indépendant — dont vous pouvez voir un exemple complet appliqué à une cave de Mouton.

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Questions fréquentes

Le 1945 domine très largement, porté par sa légende — l'étiquette « V » de la Victoire dessinée par Philippe Jullian — et par sa rareté ; sa valeur de revente est estimée autour de 9 000 € la bouteille à la mi-2026. Viennent ensuite le 1959 (autre 100/100, plus rare encore) et les grands millésimes modernes 2000, 2005, 2010 et 1982, dont les estimations s'échelonnent de 490 € à 1 300 €. Les millésimes plus faibles ou plus classiques (2011, 2013, 2017) se situent entre 300 et 340 €.
Depuis le millésime 1945, Château Mouton Rothschild confie chaque année son étiquette à un artiste différent — Dalí en 1958, Picasso en 1973, Bacon en 1990, Jeff Koons en 2010. Cette signature renforce le caractère de collection de chaque bouteille, mais ce sont d'abord la qualité du millésime, l'état du flacon et la rareté qui déterminent la valeur. L'étiquette agit comme une prime de désirabilité, pas comme le facteur principal du prix.
Cela dépend du millésime, de son apogée et de l'orientation de sa cote. Un millésime à son plateau de maturité et très liquide (1982) constitue une bonne fenêtre de vente ; un grand millésime encore jeune et en progression (2005, 2010) gagne à être conservé ; une légende ancienne et rare (1945, 1959) se garde comme un actif patrimonial ; une année faible (2013) est plutôt à céder sans attendre. C'est précisément l'arbitrage qu'un rapport d'estimation établit bouteille par bouteille.
Une estimation sérieuse ne se résume pas à recopier un prix affiché quelque part. Elle repose sur l'analyse du marché secondaire et des transactions récentes, puis sur l'ajustement de cette valeur selon l'état réel du flacon (niveau, étiquette, capsule, provenance), la liquidité du millésime et la dynamique de sa cote. Une valeur isolée peut tromper : un millésime ancien rarement échangé, comme le 1959, peut sembler sous-coté alors que le marché réel le valorise bien plus haut.

Page mise à jour le 3 juillet 2026.