Bourgueil est le plus structuré des trois grands cabernets francs de Touraine, et le seul des deux Bourgueil à posséder de vrais coteaux de tuffeau — ceux qui donnent des vins de garde. C'est une appellation de volume : près de sept millions de bouteilles par an, dont l'immense majorité se boit sans jamais passer par la revente. Sa cote va de 10 à 115 €, selon le nom du domaine et celui de la parcelle : l'appellation seule ne dit rien de la valeur. Cette fiche donne la cote domaine par domaine et cuvée par cuvée, relevée sur l'ensemble des millésimes qui s'échangent et contrôlée sur les dernières ventes. Elle s'inscrit dans notre panorama des cotes des vins de Loire.

Des Bourgueil dans votre cave ? Sachez lesquels méritent une mise en vente — et lesquels sont d'abord à boire.

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Qu'est-ce que l'appellation Bourgueil

Bourgueil est une appellation de Touraine, en Indre-et-Loire, sur la rive droite de la Loire, entre Tours et Saumur. Reconnue en AOC le 31 juillet 1937 — le même jour que sa voisine Saint-Nicolas-de-Bourgueil —, elle s'étend sur sept communes : Bourgueil, Benais, Restigné, La Chapelle-sur-Loire, Chouzé-sur-Loire, les anciennes communes de Saint-Patrice et d'Ingrandes-de-Touraine, et Saint-Nicolas-de-Bourgueil elle-même — un vigneron installé à Saint-Nicolas peut donc produire les deux appellations, et plusieurs le font. Le cépage est le cabernet franc, appelé ici « breton », complété au maximum de 10 % de cabernet-sauvignon. L'appellation produit du rouge et, marginalement, du rosé.

Le vignoble comptait 1 182 hectares plantés en 2023, pour environ 52 600 hectolitres — près de sept millions de bouteilles. C'est un vignoble de vignerons : environ cent cinquante domaines, deux caves coopératives, une poignée de maisons de négoce.

La géographie commande tout le reste. Le vignoble se partage en deux moitiés : la basse terrasse, près du fleuve, faite de graviers, de sables et d'argiles, qui donne des vins souples et fruités ; et les coteaux de tuffeau, cette craie jaune du Turonien dans laquelle sont creusées les caves du pays, qui donne des vins tanniques, fermés dans leur jeunesse et taillés pour vingt ans. Presque toute la valeur de revente de l'appellation vient de cette seconde moitié.

Bon à savoir — Bourgueil ou Saint-Nicolas-de-Bourgueil ?

Les deux appellations sont mitoyennes, nées le même jour, plantées du même cépage. Saint-Nicolas, plus proche du fleuve, est majoritairement sur graviers : des vins tendres, à boire jeunes. Bourgueil possède la plus grande part de coteaux de tuffeau, donc les vins de garde — et, en valeur, un plafond environ trois fois plus haut que celui de sa voisine. Si vous héritez d'une cave de Touraine, lisez donc l'appellation exacte avant tout le reste : les deux étiquettes se ressemblent, pas leurs cotes.

Les paliers de la cote

La valeur d'un bourgueil s'étage en quatre marches, et la marche la plus peuplée est aussi la plus basse. Le graphique ci-dessous donne, pour chaque palier, la fourchette courante — la moitié centrale des cotes réellement soutenues par une vente récente, tous millésimes confondus.

La cote des Bourgueil, palier par palier (bouteille 75 cl)

0 20 40 60 80 100 120 € Bourgueil sans nom de domaine la mention seule, tous millésimes 10 – 20 € Cuvées d'accès des domaines Jour de Soif · Trinch! · Pied de la Butte… 15 – 20 € Cuvées parcellaires Mi-Pente · Busardières · Le Grand Clos… 25 – 30 € Les Grand Mont le grand lieu-dit, quatre vignerons 40 – 55 € Clos Nouveau monopole du Domaine du Bel Air 80 – 105 € Une bouteille sans nom de domaine vaut ce que vaut la cuvée d'accès d'un grand domaine

Chaque barre couvre la fourchette courante du palier — la moitié centrale des cotes soutenues par une vente depuis 2023, tous millésimes confondus — sur un axe en euros partant de zéro. Le détail par domaine, du minimum au maximum relevés, est dans le tableau ci-dessous. Relevé du 27 septembre 2026 sur l'ensemble des millésimes cotés de 37 vins et 10 domaines de l'appellation, cotes contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications.

Trois lectures. Le bas du marché est plat : une bouteille qui porte la seule mention « Bourgueil », sans nom de domaine reconnu, vaut exactement ce que vaut la cuvée d'accès d'un grand domaine — et son âge n'y change rien. Le milieu est étroit et homogène : les cuvées parcellaires des huit domaines cotés de l'appellation se tiennent toutes dans un mouchoir de poche. Le haut tient à deux noms de parcelles : Grand Mont, que quatre vignerons se partagent, et le Clos Nouveau, monopole du Domaine du Bel Air, seul au-dessus de 100 €.

La cote domaine par domaine

Les fourchettes ci-dessous correspondent à la valeur d'une bouteille de 75 cl en bon état sur le marché secondaire, tous millésimes confondus. Le bas de chaque fourchette correspond le plus souvent à un millésime récent ; le haut, à une grande année ancienne — 1989, 1996, 2005 ou 2010. Chaque ligne correspond à une cuvée : dans cette appellation, deux cuvées du même domaine peuvent valoir du simple au triple.

Domaine Cuvées Niveau de cote Fourchette relevée
Domaine du Bel Air Clos Nouveau Le sommet de l'appellation — un clos muré, en monopole, sur le plateau de Benais 75 – 115 €
Domaine du Bel Air Grand Mont Le haut du coteau de tuffeau, la cuvée de garde du domaine 40 – 85 €
Pierre-Jacques Druet Grand Mont Vieux millésimes : la cote du domaine s'arrête au début des années 2010 25 – 75 €
Aurélien Revillot Grand Mont Un domaine récent, déjà coté au niveau des anciens 55 – 65 €
Catherine et Pierre Breton Clos Sénéchal La cuvée de garde des pionniers du vin nature en Touraine 20 – 55 €
Catherine et Pierre Breton Les Perrières · Les Galichets Vieilles parcelles, recherchées surtout sur les millésimes anciens 20 – 50 €
Pierre-Jacques Druet Vaumoreau Les vieilles vignes de tuffeau du domaine, rares en vente 30 – 50 €
Domaine de la Chevalerie Busardières Le tuffeau jaune de Restigné — la cuvée de garde du domaine 25 – 45 €
Yannick Amirault Le Grand Clos Sa cuvée de coteau, la plus recherchée de ses bourgueils 25 – 45 €
Domaine de la Butte Mi-Pente Le cœur de la butte de Bourgueil — la cuvée la plus échangée du domaine 25 – 45 €
Domaine du Bel Air Les Marsaules Mi-coteau, vieilles vignes 25 – 40 €
Domaine de la Chevalerie Grand Mont La part du domaine dans le grand lieu-dit 30 – 40 €
Domaine de la Butte Les Perrières La parcelle haute, voisine du Mi-Pente 25 – 40 €
Yannick Amirault La Petite Cave Vieilles vignes de coteau 20 – 35 €
Domaine de la Chevalerie La Chevalerie La cuvée historique du domaine, sur craie micacée 20 – 35 €
Domaine de la Chevalerie Bretêche Un vin plus immédiat, de terroir sableux 20 – 30 €
Domaine de la Butte Le Haut de la Butte Le haut de la pente, cuvée régulière du domaine 20 – 30 €
Yannick Amirault Les Quartiers Coteau de Benais, à côté des grands lieux-dits 15 – 30 €
Catherine et Pierre Breton Franc de Pied Vignes non greffées, très peu de bouteilles ≈ 30 €
Domaine du Bel Air Les Vingt Lieux-Dits L'assemblage de parcelles du domaine 15 – 30 €
Catherine et Pierre Breton Nuits d'Ivresse La cuvée sans soufre du domaine, suivie par les amateurs 15 – 25 €
Yannick Amirault La Coudraye Sa cuvée de graviers, faite pour être bue 15 – 25 €
Domaine de la Butte Le Pied de la Butte · Coteaux du Levant Les cuvées d'accès du domaine 15 – 25 €
Agnès et Xavier Amirault Le Clos de la Gaucherie Millésimes récents seulement ≈ 20 €
Domaine de la Chevalerie Galichets · Peu Muleau · Noms d'Oiseaux Cuvées de terrasse et cuvées de soif 15 – 20 €
Domaine du Bel Air Jour de Soif Jeunes vignes, la cuvée d'accès du domaine 10 – 20 €
Catherine et Pierre Breton Trinch! · Avis de Vin Fort Les cuvées de soif du domaine 15 – 20 €

Fourchettes de valeur de revente d'une bouteille de 75 cl en bon état sur le marché secondaire, hors marges du commerce de détail. Fourchettes arrondies à 5 €. Relevé du 27 septembre 2026 sur tous les millésimes cotés de l'appellation, retenus lorsqu'une vente récente les soutient. Les lignes ci-dessus regroupent les cuvées réellement échangées : une cuvée absente n'est pas pour autant sans valeur, elle passe simplement peu en vente.

Bon à savoir — huit domaines, et tout le reste

L'appellation compte plus de cent cinquante domaines ; une dizaine seulement ont une cote d'enchères suivie, et huit font l'essentiel des transactions. Ce n'est pas un jugement de qualité : c'est la conséquence d'un marché où presque tout le vin se boit dans les cinq ans. Pour une cave héritée, la conséquence est pratique : hors de cette liste, une bouteille de Bourgueil se valorise au prix du palier bas, quelle que soit son année.

Grand Mont : un lieu-dit, quatre étiquettes

Bourgueil n'a pas de classement, mais elle a un nom de parcelle que le marché traite comme un cru : Grand Mont, en haut du coteau de Benais, sur le tuffeau. Quatre vignerons en produisent une cuvée, et c'est l'un des rares endroits de la Loire où l'on peut lire le prix d'une signature à terroir constant.

Le millésime 2010 fait le meilleur juge : le Grand Mont du Domaine du Bel Air s'y cote 85 €, celui du Domaine de la Chevalerie 40 €. Même année, même coteau, deux fois le prix — et l'écart se vérifie sur sept des huit millésimes que les deux domaines ont en commun. Chez Pierre-Jacques Druet, dont les millésimes cotés s'arrêtent au début des années 2010, c'est le 1989 qui tient le haut, à 75 € ; son 1985 et son 1990 se tiennent autour de 45 €. Et chez Aurélien Revillot, jeune domaine de Restigné dont les premières bouteilles sont arrivées en vente il y a peu, le 2020 se cote déjà 65 € — au-dessus de tous les Grand Mont de la Chevalerie relevés.

D'autres noms de parcelles sont partagés, et l'écart n'y est pas le même : Les Perrières, que produisent Catherine et Pierre Breton comme le Domaine de la Butte, place les deux domaines au même niveau, millésime après millésime ; Les Galichets, chez Breton comme à la Chevalerie, les sépare nettement. Sur une étiquette de Bourgueil, le lieu-dit ne dit donc rien à lui seul : c'est le couple domaine + parcelle qu'il faut lire.

Ce qui fait varier le prix d'un bourgueil

  • Le domaine, d'abord. Huit noms concentrent le marché de la revente : Bel Air, Druet, Breton, Yannick Amirault, La Chevalerie, La Butte, Revillot, Agnès et Xavier Amirault. Hors de cette liste, une bouteille n'a pas de cote suivie aux enchères : elle se valorise au prix du palier bas, quel que soit son millésime.
  • La parcelle, ensuite. Chez un même vigneron, la cuvée de coteau vaut deux à quatre fois la cuvée de graviers : Clos Nouveau contre Jour de Soif au Bel Air, Mi-Pente contre Le Pied de la Butte à la Butte, Le Grand Clos contre La Coudraye chez Yannick Amirault.
  • Le millésime, enfin — mais seulement sur les signatures. Deux années portent le haut de la plupart des lignes du tableau : 2010 et 1989, devant 2005, 2008 et 2009.
  • L'état du flacon. Sur une bouteille de vingt ou trente ans, un niveau bas, une étiquette abîmée ou une capsule corrodée retirent l'essentiel de la valeur — d'autant plus vite que les montants sont modestes.
  • Le rosé, hors marché. L'appellation en produit chaque année ; aucun n'a de cote d'enchères. C'est un vin de table, pas un vin de cave.

Apogée et potentiel de garde

Les cuvées de graviers se boivent dans leurs cinq à dix ans, sur le fruit ; les attendre ne leur fait rien gagner, ni en verre ni en valeur. Les cuvées de coteau, elles, sont tanniques et fermées jeunes, demandent une bonne dizaine d'années et tiennent vingt à trente ans sur les grandes années. C'est la moitié du vignoble qui compte pour une cave.

Et c'est là que Bourgueil se distingue de sa voisine : chez les domaines cotés, l'âge paie. Sur chacune des cinq signatures qui ont à la fois des vieux millésimes et des récents en vente, les bouteilles d'avant 2010 se cotent nettement au-dessus des millésimes récents de la même cuvée. La règle s'arrête net dès que l'étiquette ne porte pas de nom connu : un bourgueil anonyme des années 1970 ou 1980 se cote comme un millésime courant d'aujourd'hui, et ses cotes anciennes ne sont le plus souvent soutenues par aucune vente réelle.

Le Clos Nouveau, sommet de l'appellation

S'il fallait retenir une seule étiquette à Bourgueil, ce serait le Clos Nouveau du Domaine du Bel Air, à Benais. Pierre et Rodolphe Gauthier y travaillent dix-huit hectares de cabernet franc entre Benais et Restigné, en agriculture biologique depuis 2000. Le Clos Nouveau est un clos muré d'un peu plus d'un hectare, en monopole, sur le plateau calcaire — une ancienne parcelle du château de Benais, remise en état au milieu des années 2000.

C'est la seule cuvée de l'appellation qui se tienne durablement au-dessus de cent euros, et la plus échangée de Bourgueil : elle se revend sans attendre, sur tous ses millésimes. Elle se cote systématiquement au-dessus du Grand Mont du même domaine, environ au double ; face aux grandes cuvées des autres domaines de l'appellation, à millésime comparable, le rapport est plutôt de trois à un. Le domaine signe aussi ce Grand Mont, des Marsaules de mi-coteau et un assemblage de parcelles — tous cotés, mais dans les paliers inférieurs.

Derrière lui, la hiérarchie est celle des vignerons de coteau : Pierre-Jacques Druet, dont les vieux millésimes de Grand Mont et de Vaumoreau restent recherchés ; Catherine et Pierre Breton, pionniers du vin nature en Touraine, dont le Clos Sénéchal est la cuvée de garde ; le Domaine de la Chevalerie, à Restigné, où la famille Caslot cultive la vigne depuis près de quatre siècles, en bio depuis 2008 et en biodynamie depuis 2012 ; le Domaine de la Butte, créé par Jacky Blot, disparu en mai 2023, dont le Mi-Pente est l'une des cuvées les plus suivies ; et Yannick Amirault, également référence à Saint-Nicolas, qui signe ici Le Grand Clos et La Petite Cave.

Tendance et liquidité

Bourgueil est un marché petit mais régulier. Les cuvées de coteau des domaines cotés se revendent sans attendre ; les cuvées d'accès et les bouteilles sans nom de domaine, elles, ne s'échangent pratiquement pas — elles se boivent.

La tendance de fond est une revalorisation nette sur dix à quinze ans, dans le sillage du regain d'intérêt pour le cabernet franc de Loire et pour les vins bio et nature, dont l'appellation compte plusieurs figures. Depuis trois ans, le mouvement marque un palier : les millésimes récents ont légèrement reculé, les vieilles bouteilles de signature se maintiennent.

Le repère d'enchères le plus parlant est récent : au premier semestre 2024, un magnum de Clos Nouveau 2019 du Domaine du Bel Air a été adjugé 238 € par la maison iDealwine, seule bouteille de Bourgueil du classement des vingt vins de Loire les plus chers de la période — un palmarès dominé, côté rouge, par un magnum de Chinon Clos de la Dioterie 1990 de Charles Joguet à 1 014 €. L'ordre est le bon : en valeur, Chinon devance Bourgueil, qui devance Saint-Nicolas.

Pour situer l'appellation dans son vignoble, voyez nos fiches Saint-Nicolas-de-Bourgueil et Sancerre, ou le panorama complet des cotes des vins de Loire.

Vous avez des Bourgueil en cave : que faire ?

  • Lisez l'appellation exacte avant tout. Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil se ressemblent sur l'étiquette et ne valent pas la même chose. Vérifiez ensuite le nom du domaine, puis celui de la cuvée.
  • Isolez les cuvées de coteau des domaines cotés. Clos Nouveau, Grand Mont, Vaumoreau, Clos Sénéchal, Busardières, Mi-Pente, Le Grand Clos : ce sont elles qui se vendent à l'unité, et leurs vieux millésimes justifient une estimation bouteille par bouteille. Notre guide vendre ses vins compare les canaux de vente et leurs frais.
  • Sur les cuvées d'accès, buvez. Les vins de graviers et les cuvées de soif ne gagneront rien à patienter : leur valeur n'évoluera plus, et ils sont meilleurs jeunes.
  • Vérifiez le niveau des vieux flacons. Sur un bourgueil de trente ans, l'état décide d'une bonne part de la valeur. Notre guide Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? détaille la marche à suivre.

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Questions fréquentes

Une bouteille portant la seule mention « Bourgueil », sans nom de domaine connu, se négocie le plus souvent entre 10 et 20 € — et c'est aussi le prix des cuvées d'accès des domaines cotés (Jour de Soif du Bel Air, Trinch! de Breton, Le Pied de la Butte). Les cuvées parcellaires des domaines de référence — Mi-Pente, Busardières, Le Grand Clos, Clos Sénéchal, La Chevalerie — se situent le plus souvent entre 25 et 30 €. Le grand lieu-dit Grand Mont, produit par quatre signatures différentes, se tient entre 40 et 55 €. Au-dessus, une seule cuvée : le Clos Nouveau du Domaine du Bel Air, entre 80 et 105 € le plus souvent, jusqu'à 115 € sur ses meilleurs millésimes.
Ce sont deux appellations distinctes, mitoyennes, nées le même jour de 1937 et plantées du même cépage, le cabernet franc. Saint-Nicolas, plus proche du fleuve, compte surtout des terrasses de sable et de graviers : des vins souples, fruités, à boire jeunes. Bourgueil possède davantage de coteaux de tuffeau, qui donnent des vins plus tanniques et de plus longue garde — et c'est là que se trouvent les cuvées les plus cotées des deux appellations. En valeur, Bourgueil devance Saint-Nicolas : son plafond est trois fois plus haut. À noter, la commune de Saint-Nicolas-de-Bourgueil fait partie de l'aire de l'AOC Bourgueil : un même vigneron peut produire les deux.
Cela dépend entièrement de l'étiquette. Chez les domaines de référence, l'âge paie : sur toutes les signatures relevées, les millésimes d'avant 2010 se cotent nettement au-dessus des millésimes récents de la même cuvée, et les meilleures bouteilles de la décennie 1989-1999 tiennent le haut de leur ligne. À l'inverse, une bouteille sans nom de domaine ne gagne rien à vieillir : un Bourgueil anonyme des années 1970 ou 1980 se cote comme un millésime récent, autour de 10 à 30 €, et ses cotes anciennes ne sont le plus souvent soutenues par aucune vente. Sur ces vieux flacons, le niveau dans la bouteille et l'état de l'étiquette pèsent autant que le millésime.
Le Clos Nouveau du Domaine du Bel Air, à Benais, domine l'appellation sans partage : c'est la seule cuvée qui dépasse régulièrement 100 € la bouteille. Viennent ensuite les Grand Mont — le lieu-dit est produit par quatre vignerons, et celui du Bel Air mène —, le Vaumoreau et le Grand Mont de Pierre-Jacques Druet sur leurs vieux millésimes, et le Clos Sénéchal de Catherine et Pierre Breton. Aucune bouteille de l'appellation n'approche les niveaux d'un grand Chinon de Charles Joguet ou d'un Saumur-Champigny de Clos Rougeard.
Les cuvées issues des terrasses de graviers, les plus nombreuses, sont faites pour être bues dans leurs cinq à dix ans, sur le fruit. Les cuvées de coteau, sur le tuffeau, sont d'un autre registre : tanniques et fermées dans leur jeunesse, elles demandent dix ans et tiennent vingt à trente ans sur les grandes années chez Bel Air, Druet, Breton, La Chevalerie ou Yannick Amirault. C'est cette moitié-là du vignoble qui porte toute la valeur de revente de l'appellation.
Commencez par lire le nom du domaine et celui de la cuvée. Un Clos Nouveau, un Grand Mont, un Vaumoreau, un Clos Sénéchal, un Mi-Pente ou un Busardières justifient une estimation millésime par millésime : ces bouteilles se vendent à l'unité et leurs vieux millésimes valent plusieurs fois le prix d'un millésime récent. Une cuvée d'accès ou une bouteille sans nom de domaine se boit : elle ne gagnera plus rien à attendre, et sa valeur de revente reste modeste quel que soit son âge.

Page mise à jour le 27 septembre 2026.