Le Saint-Joseph est le cru le plus accessible du Rhône Nord : la porte d'entrée vers la grande syrah septentrionale, quand Côte-Rôtie et Hermitage jouent dans une autre catégorie de prix. Mais sous un même nom se côtoient un vin de plaisir à 15 €, des parcellaires cultes qui frôlent 230 € — et un flacon devenu introuvable, le Trollat, qui dépasse le millier d'euros. Au sein de nos cotes & marché, cette fiche situe chacun, domaine par domaine.

Vous avez des Saint-Joseph en cave ? Découvrez lesquels ont une vraie valeur de revente — et lesquels sont simplement à boire.

Estimer vos Saint-Joseph

Qu'est-ce que l'appellation Saint-Joseph

Saint-Joseph est l'un des grands crus du Rhône septentrional, sur la rive droite du fleuve, face aux collines de l'Hermitage et de Crozes-Hermitage. C'est le cru le plus étiré du Nord : le vignoble court sur près de 60 kilomètres, de Chavanay au nord à Guilherand-Granges au sud, sur des coteaux de granit. Reconnu en AOC le 15 juin 1956, il ne couvrait alors que 90 hectares sur six communes autour de Mauves et Tournon ; il s'étend aujourd'hui sur 1 408 hectares (2024) et 26 communes réparties sur l'Ardèche (23) et la Loire (3).

Le rouge, en syrah pure (jusqu'à 10 % de marsanne ou roussanne autorisés, rarement utilisés), domine très largement l'appellation ; le blanc, en marsanne et roussanne, occupe environ 200 hectares et gagne du terrain. Le nom lui-même est ancien : ce sont les Jésuites de Tournon qui, au XVIIᵉ siècle, baptisèrent « Saint-Joseph » un coteau qu'ils possédaient au-dessus de Mauves — un lieu-dit devenu, trois siècles plus tard, le nom de tout un cru.

Bon à savoir — le berceau historique ne fait pas tout le vignoble

Toutes les parcelles de Saint-Joseph ne se valent pas. Le cœur historique — Mauves, Tournon, Saint-Jean-de-Muzols, Glun — sur ses coteaux de granit escarpés, donne les vins les plus profonds et les plus recherchés. Les extensions décidées à partir de 1969, souvent sur des plateaux plus généreux, ont multiplié la surface mais dilué la moyenne. Sur une même étiquette « Saint-Joseph », l'écart de terroir — donc de valeur — peut être considérable : le domaine et la parcelle disent tout.

Combien vaut un Saint-Joseph : la cote par domaine

Comme partout dans le Rhône Nord, ce n'est pas « le Saint-Joseph » qu'on estime, mais le domaine et sa cuvée. L'appellation couvre un très large éventail de prix : la majorité des bouteilles sont des vins de plaisir de 15 à 30 €, une élite de parcellaires se négocie entre 40 et 95 €, et une poignée de signatures — Gonon, le Clos Florentin de Chave, et surtout le Raymond Trollat, domaine disparu dont les flacons sont devenus rarissimes — jouent dans une tout autre catégorie. Le tableau ci-dessous situe les repères, pour une 75 cl en bon état.

Le prix d'un Saint-Joseph, du générique au flacon de collection

Générique & entrée · coopératives, Deschants… 15 – 30 € Cuvées accessibles · Offerus, Delas, Cuilleron… 25 – 55 € Grands parcellaires · Guigal Hospice, Chapoutier Granits… 40 – 95 € Signatures cultes · Gonon, Gangloff 70 – 140 € Chave « Clos Florentin » · le sommet actuel 150 – 230 € Raymond Trollat · domaine disparu, vieux flacons 300 – 1 000 € 15 € 30 60 125 250 500 1 000 € Échelle logarithmique — prix indicatif de la bouteille (75 cl)
Domaine / cuvée Couleur & type Statut Fourchette indicative
Raymond Trollat Rouge — vieilles vignes de Saint-Jean-de-Muzols Le vin culte absolu — domaine disparu 300 – 1 000 €
Jean-Louis Chave — Clos Florentin Rouge — clos muré, terroir de granit Le sommet des vins encore produits 150 – 230 €
Pierre Gonon Rouge — la cuvée unique du domaine La référence culte de Mauves 80 – 140 €
Yves Gangloff Rouge (& blanc) — micro-production Signature d'artiste, très recherchée 70 – 120 €
Pierre Gonon — Les Oliviers Blanc (marsanne & roussanne) Le grand blanc de l'appellation 55 – 95 €
E. Guigal — Vignes de l'Hospice Rouge — parcellaire, longs élevages Grand parcellaire 60 – 95 €
M. Chapoutier — Les Granits Rouge & blanc — vieilles vignes sur granit Grand parcellaire 50 – 95 €
Jean-Louis Chave — Saint-Joseph Rouge — cuvée du domaine Signature de référence 60 – 95 €
Domaine Bernard Gripa — Le Berceau Rouge (& blanc) — vieilles vignes de Mauves Valeur sûre du cœur historique 40 – 75 €
Domaine Coursodon — Le Paradis Saint-Pierre Rouge — cuvée haut de gamme Référence de Mauves 40 – 70 €
Delas Frères — Sainte-Épine Rouge — parcellaire de Saint-Jean-de-Muzols Parcellaire des grands millésimes 30 – 55 €
Cuilleron, Perret, Faury, du Tunnel… Rouge & blanc — cuvées parcellaires Le vivier des bons domaines 25 – 55 €
J-L. Chave Sélection — Offerus Rouge — cuvée de négoce La porte d'entrée signée Chave 25 – 45 €
Saint-Joseph générique Rouge & blanc — coopératives, négoce, entrée de gamme Vin de plaisir 15 – 30 €

Fourchettes indicatives pour une 75 cl en bon état, relevé du 29 juillet 2026. Pour les signatures (Chave, Gonon, grands parcellaires), il s'agit de la valeur au marché secondaire (ventes entre particuliers et enchères) ; pour l'entrée de gamme, sans réelle revente, du prix de vente courant. Le Raymond Trollat, domaine aujourd'hui disparu, ne se trouve qu'en vieux millésimes rarissimes : sa cote, portée par la rareté, est volatile et grimpe encore sur les grands formats et les millésimes légendaires.

Ce qui fait varier le prix d'un Saint-Joseph

Sur une appellation aussi étendue, quelques repères simples suffisent à situer une bouteille — et l'écart entre eux se compte en dizaines d'euros.

  • Le domaine, d'abord. C'est le premier facteur, et de loin. Un Saint-Joseph de Chave ou de Gonon vaut cinq à dix fois une cuvée de coopérative — pour la même appellation sur l'étiquette. La quasi-totalité de la valeur qui dépasse 30 € vient d'une poignée de noms.
  • La cuvée et le lieu-dit. Chez ces domaines, la cuvée parcellaire (Chave Clos Florentin, Chapoutier Les Granits, Guigal Vignes de l'Hospice, Gripa Le Berceau) vaut deux à trois fois la cuvée générique du même producteur. Le nom exact sur l'étiquette est déterminant.
  • Le terroir : cœur historique ou extension. Les coteaux de granit de Mauves, Tournon et Saint-Jean-de-Muzols surclassent les parcelles de plateau. Un même domaine peut vendre l'un bien plus cher que l'autre.
  • Le millésime. Au Nord, le millésime pèse plus qu'au Sud : les grandes années de syrah (2015, 2016, 2019, 2020…) se valorisent davantage et se gardent mieux que les millésimes plus légers.
  • La couleur. Les blancs de Saint-Joseph sont rares et souvent sous-estimés : un grand blanc de Gonon ou de Chave dépasse largement bien des rouges de l'appellation.
  • L'état et le format. Comme partout, l'état de la bouteille et les grands formats (magnums) comptent — surtout sur les signatures, les seules à avoir une vraie revente.

Pour le cadre général des critères qui font le prix d'une bouteille, tous vignobles confondus, consultez notre guide dédié.

Apogée et potentiel de garde

Le Saint-Joseph rouge est un vin de garde mesurée. Une bonne cuvée s'ouvre entre 5 et 15 ans ; les plus grands — Chave, Gonon, grands parcellaires des beaux millésimes — peuvent vieillir quinze à vingt ans et gagner en profondeur. Mais l'essentiel de l'appellation, les cuvées d'entrée de gamme, se boit dans les cinq à huit ans et ne prend pas de valeur en cave : passé sa fenêtre, le vin perd son fruit sans rien gagner en cote.

Les blancs (marsanne, roussanne) se dégustent plus tôt, le plus souvent dans les trois à six ans. Attention toutefois à la marsanne, qui traverse fréquemment une phase de fermeture vers 2-4 ans avant de rouvrir : les grands blancs de Gonon ou de Chave peuvent ainsi tenir huit à dix ans, voire plus. La logique reste la même : vendre ou boire à l'apogée, et réserver la longue garde aux seules signatures qui la justifient.

Trollat, Gonon, Chave : les noms qui font la cote

S'il ne fallait retenir que deux noms, ce seraient ceux-là. Le Domaine Pierre Gonon, à Mauves, est pour beaucoup la référence de l'appellation : dix hectares au cœur historique, une quatrième génération aux commandes, une cuvée unique d'une régularité et d'une pureté qui en ont fait un objet de désir. Le rouge se négocie couramment entre 80 et 140 €, et le blanc Les Oliviers, l'un des plus beaux de Saint-Joseph, entre 55 et 95 € — des niveaux longtemps inimaginables pour l'appellation, portés par une demande devenue mondiale.

Au-dessus des vins encore produits, une cuvée règne : le Saint-Joseph Clos Florentin de Jean-Louis Chave. Ce clos muré à la sortie de Mauves, sur granit décomposé, a été racheté en 2009 par la maison Chave — le plus grand nom de l'Hermitage voisin. Produit en petits volumes, c'est le seul vin actuel de l'appellation à dépasser couramment 150 € et à approcher 230 €. Chave signe aussi un Saint-Joseph « de domaine » (60 à 95 €) et, sous son étiquette de négoce J-L. Chave Sélection, la cuvée Offerus (25 à 45 €) — souvent la meilleure porte d'entrée dans l'appellation.

Mais le vin le plus cher de Saint-Joseph ne se produit plus. Le Domaine Raymond Trollat, à Saint-Jean-de-Muzols, fut longtemps un secret de connaisseurs ; son vigneron a pris sa retraite au milieu des années 2000 et ses vignes ont été reprises par des voisins, faisant de chaque bouteille une rareté. Ses vieux millésimes sont devenus des vins « licornes », cotés de 300 à plus de 1 000 € selon l'année et le format.

Derrière ce duo, une solide deuxième ligne assure la réputation du cru : Guigal (Vignes de l'Hospice), Chapoutier (Les Granits), Delas (Sainte-Épine), Bernard Gripa (Le Berceau), Coursodon, Cuilleron, André Perret ou le Domaine du Tunnel. Ce sont ces quelques signatures — pas l'appellation dans son ensemble — qui donnent au Saint-Joseph une véritable cote.

Tendance et liquidité

Le Saint-Joseph profite d'une tendance de fond favorable : à mesure que les crus voisins du Nord — Côte-Rôtie, Hermitage, Cornas — atteignent des sommets, la demande se reporte sur le cru le plus abordable de la syrah septentrionale. Les grands noms (Chave, Gonon) ont vu leur cote grimper nettement sur la dernière décennie ; les autres bonnes signatures suivent, plus doucement. La liquidité reste toutefois concentrée : elle est réelle et internationale sur une poignée de signatures, quasi nulle sur l'entrée de gamme, qui reste un marché de consommation sans revente.

Bon à savoir — un cru chanté par Victor Hugo

Le prestige de Saint-Joseph n'a rien de récent. Dès le XIXᵉ siècle, le vin de Mauves — cœur de l'appellation — était réputé : Victor Hugo le cite nommément dans Les Misérables (1862). Cette antériorité, rare pour un cru longtemps resté dans l'ombre de l'Hermitage, nourrit aujourd'hui l'attrait des amateurs pour les vieilles vignes du cœur historique — et soutient la valorisation des meilleurs terroirs.

Saint-Joseph n'est qu'un cru parmi les dix-huit de la vallée. Pour situer vos bouteilles dans l'ensemble du vignoble — les autres crus du Nord comme les grandes appellations du Sud —, consultez notre page cote et valeur des vins de la Vallée du Rhône.

Vous avez des Saint-Joseph en cave : que faire ?

Pour une cuvée d'entrée de gamme, une simple recherche en ligne suffit. Quelques situations, en revanche, justifient une estimation précise :

  • Vous repérez une signature. Trollat (rarissime), Chave (surtout le Clos Florentin), Gonon, Gangloff, Guigal Vignes de l'Hospice, Chapoutier Les Granits, Gripa Le Berceau, Delas Sainte-Épine… : la valeur potentielle justifie une vérification du millésime et de l'état.
  • Vous possédez de vieux millésimes d'un grand domaine. Un Saint-Joseph de Chave ou de Gonon des années 2000-2010, bien conservé, peut valoir sensiblement plus que sa version récente.
  • Vous avez hérité d'une cave. Entre un Clos Florentin et un générique de coopérative, l'écart de valeur va de un à quinze. Notre guide Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? détaille la marche à suivre.
  • Vous envisagez de vendre ou de partager une succession. Connaître la valeur marché neutre de chaque bouteille offre une base de discussion objective. Pour les canaux de vente, voyez notre page vendre ses vins.

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Questions fréquentes

Tout dépend du domaine. L'essentiel de l'appellation est un vin de plaisir accessible : de 15 à 30 € pour un générique ou une cuvée d'entrée de gamme, de 40 à 95 € pour les grands parcellaires (Guigal Vignes de l'Hospice, Chapoutier Les Granits, Gripa Le Berceau, Coursodon). Au sommet, quelques signatures font exception : Pierre Gonon, la référence culte de Mauves, de 80 à 140 €, et le Clos Florentin de Jean-Louis Chave, le vin encore produit le plus cher, de 150 à 230 €. Plus rare encore, le domaine disparu Raymond Trollat dépasse en vieux millésimes 300 €, jusqu'à plus de 1 000 €. Avant d'estimer, c'est le nom du domaine et de la cuvée qu'il faut lire.
Le plus cher est un vin qui ne se produit plus : le Saint-Joseph du domaine Raymond Trollat, à Saint-Jean-de-Muzols, dont les vieux millésimes se négocient de 300 à plus de 1 000 €. Parmi les vins encore produits, le sommet revient au Clos Florentin de Jean-Louis Chave, un clos muré acquis en 2009 à la sortie de Mauves, entre 150 et 230 €. Viennent ensuite Pierre Gonon, considéré par beaucoup comme la référence de l'appellation (80 à 140 €), et Yves Gangloff (70 à 120 €), devant une élite de parcellaires (Guigal Vignes de l'Hospice, Chapoutier Les Granits, Delas Sainte-Épine, Bernard Gripa Le Berceau) situés entre 40 et 95 €.
Les rouges, oui, dans une mesure raisonnable : une bonne cuvée se boit entre 5 et 15 ans, et les plus grands (Chave, Gonon, grands parcellaires) peuvent vieillir quinze à vingt ans. Mais la majorité des Saint-Joseph d'entrée de gamme se dégustent dans les cinq à huit ans et ne prennent pas de valeur en cave. Les blancs (marsanne, roussanne) se boivent plus tôt, généralement dans les trois à six ans, même si les grands blancs de Gonon ou de Chave tiennent plus longtemps.
Ce sont trois crus voisins du Rhône Nord, souvent confondus. Le Saint-Joseph occupe la rive droite du Rhône sur près de 60 km, en coteaux de granit : c'est le cru rouge le plus accessible du Nord (15 à 230 € selon le domaine). Sur l'autre rive, l'Hermitage est une colline unique de 137 hectares qui produit l'un des plus grands vins de garde au monde, bien plus cher (souvent 100 à plusieurs milliers d'euros). Le Crozes-Hermitage entoure cette colline en plaine : c'est le plus vaste cru du Nord et le plus abordable (souvent 12 à 30 €). Tous trois sont des syrahs, mais leurs terroirs et leurs prix n'ont rien de comparable.

Page mise à jour le 29 juillet 2026.