Vosne-Romanée est la commune la plus convoitée de la Côte de Nuits — et celle où le nom sur l'étiquette prête le plus à confusion. L'appellation communale, ce sont les vins Village, dès une quarantaine d'euros, et 14 premiers crus qui montent jusqu'à plusieurs milliers d'euros. Les Romanée-Conti, La Tâche et Richebourg, eux, ne sont pas des Vosne-Romanée : ce sont des appellations distinctes. Dans nos cotes & marché, voici ce que vaut réellement un Vosne-Romanée, domaine par domaine.

Vous avez des Vosne-Romanée en cave ? Découvrez ce que vaut chaque bouteille — et quoi en faire.

Estimer vos Vosne-Romanée

Qu'est-ce que l'appellation Vosne-Romanée

Vosne-Romanée est une appellation communale de la Côte de Nuits, reconnue en 1936, plantée exclusivement en pinot noir et produisant uniquement du rouge. Elle couvre environ 149 hectares en production, dont 56 en premier cru, sur deux communes : Vosne-Romanée et sa voisine Flagey-Échezeaux, dont les vins de niveau village sont vendus sous le nom de Vosne-Romanée.

L'appellation se lit à deux niveaux seulement : le Village et les 14 climats classés en premier cru — Cros Parantoux, Aux Malconsorts, Les Suchots, Les Beaux-Monts, Aux Brûlées, Aux Reignots, Les Chaumes, Les Petits Monts, Clos des Réas… Tout ce qui porte la mention « Vosne-Romanée », avec ou sans « 1er Cru », relève de cette fiche.

Bon à savoir — les grands crus ne sont PAS des Vosne-Romanée

C'est le piège le plus coûteux de toute la Bourgogne. Les huit grands crus nés sur ces deux communes — Romanée-Conti, La Tâche, Richebourg, Romanée-Saint-Vivant, La Romanée, La Grande Rue à Vosne-Romanée, Échezeaux et Grands-Échezeaux à Flagey-Échezeaux — sont des appellations à part entière, vendues sous leur seul nom de climat. Sur une étiquette, la règle ne trompe pas : si vous lisez « Vosne-Romanée », vous tenez l'appellation communale ; si vous lisez un nom de climat sans le village accolé, vous tenez un grand cru — et l'écart de valeur se compte en dizaines, parfois en centaines.

Combien vaut un Vosne-Romanée : niveau et domaine

La valeur se lit à deux niveaux : d'abord le rang (village ou premier cru, et lequel), puis le domaine, dont le poids est ici plus fort que partout ailleurs en Bourgogne. Voici d'abord l'ordre de grandeur par niveau, puis le détail par domaine.

La cote des niveaux de Vosne-Romanée (bouteille 75 cl)

0 1 000 2 000 3 000 4 000 € Village selon le domaine 95 – 245 € 1er Cru selon le climat et le domaine 155 – 430 € Signatures cultes Leroy · Bizot · Romanée-Conti 1 110 – 2 190 € Cros Parantoux Rouget · Méo-Camuzet 1 435 – 1 900 € Henri Jayer Cros Parantoux 5 305 – 9 435 € Au-dessus : 8 grands crus (Romanée-Conti, La Tâche, Richebourg…) — appellations distinctes, traitées à part

Chaque barre couvre la fourchette courante du palier — la moitié centrale des cotes relevées — sur un axe en euros partant de zéro ; le détail par domaine, du minimum au maximum relevés, est dans le tableau ci-dessous. Le Cros Parantoux d'Henri Jayer sort de l'échelle. Relevé du 12 septembre 2026, cotes contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications.

Le graphique le montre : les fourchettes du village et du premier cru se chevauchent largement — un village de grande signature dépasse bien des premiers crus. À niveau égal, c'est le nom du domaine qui fait l'écart, et il atteint ici des proportions qu'on ne voit nulle part ailleurs. Le tableau ci-dessous donne les fourchettes relevées par domaine sur le marché secondaire, pour les seules cuvées village et premier cru de Vosne-Romanée.

Domaine Cuvées phares (Vosne village & 1er cru) Niveau de cote Fourchette relevée
Henri Jayer Cros Parantoux, Les Brûlées, village Légende — plus une bouteille produite depuis 2001 1 470 – 13 700 €
Domaine Leroy Les Beaux-Monts, Aux Brûlées, village Culte, volumes minuscules 385 – 4 700 €
Domaine Bizot Les Jachées, Les Réas, Vieilles Vignes Micro-domaine culte — retombé de son sommet de 2022 765 – 2 325 €
Emmanuel Rouget Cros Parantoux, Les Beaumonts, village Héritier des vignes d'Henri Jayer 100 – 3 270 €
Arnoux-Lachaux Les Suchots, Aux Reignots, Les Chaumes La signature la plus recherchée du moment 80 – 3 130 €
Méo-Camuzet Au Cros Parantoux, Aux Brûlées, Les Chaumes Référence de l'appellation 105 – 2 500 €
Domaine d'Eugénie (ex-René Engel) Aux Brûlées, Clos d'Eugénie, village Deux ères, deux marchés (voir plus bas) 85 – 2 060 €
Comte Liger-Belair Aux Reignots, Les Chaumes, Clos du Château Sommet contemporain — cote scindée par ère 70 – 1 950 €
Sylvain Cathiard Aux Malconsorts, Aux Reignots, En Orveaux Très recherché, régulier 95 – 1 215 €
Jean Grivot · Mugneret-Gibourg · Hudelot-Noëllat · Nicole Lamarche · Michel Gros Village & premiers crus (Clos des Réas, Les Malconsorts…) Grands vignerons de référence 45 – 550 €
Forey · Mongeard-Mugneret · Confuron-Cotetidot · Bruno Clavelier · Anne Gros Village & premiers crus (Les Gaudichots, En Orveaux…) Valeurs sûres, les plus accessibles 40 – 620 €

Fourchettes bornées par les cotes d'enchères réellement relevées sur l'ensemble des millésimes disponibles de chaque domaine, puis contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications : une cote qu'aucune vente récente ne soutient n'a pas été retenue comme borne. Valeur de revente, hors marges du commerce de détail. Relevé du 12 septembre 2026, appellation communale uniquement (grands crus exclus).

Le Domaine de la Romanée-Conti lui-même signe deux premiers crus de l'appellation communale — ses seuls vins qui ne soient pas des grands crus. La Cuvée Duvault-Blochet, issue des jeunes vignes de plusieurs grands crus du domaine (La Tâche, Romanée-Saint-Vivant…), n'est produite que certaines années — aucune entre les millésimes 2012 et 2018 — et se situe entre 1 500 et 2 400 €. Depuis le millésime 2018, quelques barriques de Vosne-Romanée 1er Cru Les Petits Monts sont aussi mises en bouteille sous l'étiquette du domaine, autour de 4 400 €.

Ce qui fait varier le prix d'un Vosne-Romanée

Quatre facteurs, combinés, fixent la valeur d'une bouteille — et le troisième est propre à ce village.

  • Le niveau et le climat. Entre un village et un premier cru, la valeur double ou triple ; et parmi les premiers crus, le Cros Parantoux joue dans sa propre catégorie, très loin devant Aux Malconsorts, Les Suchots ou Les Beaux-Monts.
  • Le domaine. À climat égal, l'écart est vertigineux : un Aux Reignots signé Comte Liger-Belair vaut plusieurs fois le même climat chez un producteur discret. Ici, le nom du domaine se lit avant même celui du cru.
  • L'époque de production. Particularité de Vosne-Romanée : plusieurs domaines ont changé de mains ou de statut, et le marché traite les deux périodes comme deux vins différents. C'est le point développé ci-dessous.
  • Le millésime et l'état. Sur des vins de longue garde, les grandes années se valorisent nettement. Niveau dans la bouteille, capsule et étiquette sont déterminants sur les flacons anciens — fréquents vu la longévité de ces vins.

Le même nom, deux marchés : l'effet « changement d'ère »

Deux domaines du village illustrent un phénomène que l'on ne repère qu'en comparant les millésimes un à un, et qui change complètement une estimation.

Au Domaine du Comte Liger-Belair, les vignes familiales étaient passées aux enchères en 1933, à la mairie de Vosne-Romanée ; rachetées en partie par deux membres de la famille, elles ont ensuite été confiées à des métayers et leurs vins écoulés par le négoce. Louis-Michel Liger-Belair n'a repris le domaine en main qu'en 2000, et n'a récupéré le premier cru Aux Reignots qu'en 2002. Le relevé millésime par millésime est sans ambiguïté : sur ce même climat, les bouteilles antérieures à 2002 se situent entre 70 et 500 €, tandis que celles produites depuis 2002 vont de 380 à 1 950 €. Même étiquette, même famille, même parcelle — un rapport de un à quatre.

Au Domaine d'Eugénie, c'est l'inverse : ce sont les vieilles bouteilles qui valent le plus. Le domaine s'appelait René Engel jusqu'à la mort de Philippe Engel en 2005, à 49 ans et sans héritier direct ; il a été racheté en juillet 2006 par la famille Pinault (groupe Artémis) et rebaptisé Domaine d'Eugénie. Les Vosne-Romanée village signés René Engel se relèvent entre 195 et 1 030 € selon le millésime, quand ceux de l'ère Domaine d'Eugénie évoluent entre 85 et 165 €. La disparition du domaine historique a fait de ses dernières bouteilles des pièces de collection.

La conséquence est pratique : sur ces deux domaines, lire l'étiquette ne suffit pas — il faut lire le millésime, et savoir ce qu'il implique. C'est typiquement le genre d'écart qu'une recherche rapide en ligne ne fait pas apparaître.

Apogée et potentiel de garde

Le Vosne-Romanée est réputé pour son équilibre entre puissance et velours — un pinot noir plus soyeux que le Gevrey, plus charnu que le Chambolle. Jeune, un premier cru reste serré et ne livre rien ; il lui faut du temps pour développer son bouquet d'épices, de fruits rouges macérés et de sous-bois. Un village de bon domaine se boit dans ses dix à quinze ans ; un premier cru d'un domaine de référence se déploie sur quinze à trente ans, davantage sur les grandes années.

Cette longévité commande l'arbitrage garder ou vendre : un grand premier cru encore jeune a tout intérêt à attendre — le céder trop tôt le sous-valorise, et sa cote progresse à l'approche de l'apogée. À l'inverse, un Vosne-Romanée de négoce sans potentiel de garde est à boire : le nom du village sur l'étiquette ne suffira pas à lui faire prendre de la valeur.

Le Cros Parantoux, sommet de l'appellation

S'il fallait retenir un climat à Vosne-Romanée, ce serait le Cros Parantoux — un premier cru de 1,01 hectare seulement, l'un des plus petits de toute la Côte d'Or, perché en haut du coteau juste au-dessus du Richebourg. Son histoire explique sa cote : laissé en friche après le phylloxéra, il a été acquis par Henri Jayer en 1951, défriché à la dynamite pour venir à bout du calcaire et replanté à partir de 1953.

Il n'est aujourd'hui partagé qu'entre deux domaines : Emmanuel Rouget, neveu de Jayer, qui a repris ses vignes en 1996, avec un peu plus de 0,7 hectare, et Méo-Camuzet avec un peu moins de 0,3 hectare. Cette rareté extrême, jointe au mythe Jayer, en fait l'un des rares premiers crus de Bourgogne cotés au niveau des grands crus : les bouteilles signées Henri Jayer se situent le plus souvent entre 5 305 et 9 435 €, et jusqu'à 13 700 € pour les plus grands millésimes, celles de Rouget entre 1 330 et 3 270 €, celles de Méo-Camuzet entre 1 030 et 2 500 €.

Juste en dessous, une deuxième ligne de premiers crus fait la réputation du village : Aux Malconsorts, Les Suchots, Les Beaux-Monts, Aux Brûlées, Aux Reignots, Les Chaumes, ou encore le Clos des Réas, monopole de Michel Gros. Repérer l'un de ces noms sur une étiquette, signé d'une grande signature, fait basculer l'estimation dans une tout autre catégorie que le simple village.

Tendance et liquidité du marché de Vosne-Romanée

Vosne-Romanée bénéficie de la liquidité la plus forte de toute la Bourgogne : portée par l'aura des grands crus voisins, la demande internationale déborde largement sur l'appellation communale, et les premiers crus des domaines de référence trouvent preneur en permanence, en France comme à l'export. La tendance de fond reste haussière sur les signatures rares, avec une accélération marquée ces dernières années sur les millésimes récents des domaines les plus courus.

L'ampleur que peut prendre ce marché s'est mesurée le 17 juin 2018 à Genève : lors de la vente « Domaine Henri Jayer, The Heritage », la maison Baghera/wines dispersait la cave personnelle du vigneron. Un seul magnum de Vosne-Romanée 1er Cru Cros-Parantoux 1978 y a été adjugé 144 000 francs suisses. Il s'agissait bien d'un premier cru de l'appellation communale — pas d'un grand cru.

Le revers de cette notoriété est le même qu'à Gevrey : le nom « Vosne-Romanée » a longtemps tiré vers le haut des villages ordinaires, et la mention seule ne garantit rien. Une cave de Vosne vaut d'abord par ses premiers crus et ses signatures de référence. Ne transposez jamais la cote d'un Cros Parantoux à un village de négoce : l'écart dépasse cent pour un.

Vous avez du Vosne-Romanée en cave : que faire ?

Plusieurs situations justifient une estimation précise plutôt qu'une simple recherche en ligne :

  • Vous lisez un nom de climat seul, sans « Vosne-Romanée » (Romanée-Conti, La Tâche, Richebourg, Échezeaux…) : vous tenez un grand cru, une appellation à part et d'une tout autre valeur — une estimation dédiée s'impose immédiatement.
  • Vous lisez « 1er Cru » et un nom de climat (Cros Parantoux, Aux Malconsorts, Les Suchots, Les Beaux-Monts…) ou une grande signature (Jayer, Rouget, Leroy, Méo-Camuzet, Liger-Belair, Cathiard) : la valeur potentielle justifie une vérification bouteille par bouteille.
  • Vous avez des bouteilles de René Engel, ou des Liger-Belair d'avant 2002. Ces deux cas se cotent à l'inverse de ce que l'on imagine — c'est précisément là que les estimations approximatives se trompent le plus.
  • Vous avez de vieux Vosne-Romanée. C'est fréquent vu leur longévité, et bien conservés, les premiers crus anciens valent souvent bien plus qu'on ne l'imagine.
  • Vous avez hérité d'une cave mêlant village et premiers crus, ou envisagez une vente ou une succession. Nos guides Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? et vendre ses vins détaillent la marche à suivre.

Vous possédez des Vosne-Romanée ou d'autres vins de Bourgogne ?

Une estimation indépendante vous donne la valeur exacte de chaque bouteille, l'identification des domaines, des climats et des millésimes recherchés, et les recommandations de vente ou de conservation. Rapport complet sous 5 jours ouvrés.

Demander mon rapport — 199 €

Questions fréquentes

« Vosne-Romanée » est le nom d'une appellation communale : elle regroupe les vins Village et les 14 premiers crus, de quelques dizaines d'euros à plus de 13 000 € la bouteille selon le climat et le domaine. « Romanée-Conti » désigne un grand cru monopole minuscule, une appellation distincte vendue sous son propre nom, sans commune mesure. La règle de lecture est simple : « Vosne-Romanée » ou « Vosne-Romanée 1er Cru » désigne l'appellation communale ; un nom de climat seul, sans le village accolé — Romanée-Conti, La Tâche, Richebourg, Romanée-Saint-Vivant, La Romanée, La Grande Rue — signale un grand cru, donc une autre appellation et une tout autre valeur.
Grands crus mis à part, le sommet de l'appellation communale est le premier cru Cros Parantoux d'Henri Jayer : ses millésimes des années 1980 et 1990 se situent le plus souvent entre 5 305 et 9 435 € la bouteille, et jusqu'à 13 700 € pour les plus grands. Le même climat signé Emmanuel Rouget, qui a repris les vignes de Jayer, ou Méo-Camuzet évolue plutôt entre 1 030 et 3 270 €. Viennent ensuite les cuvées du Domaine Leroy, couramment au-dessus de 2 000 €, celles du Domaine Bizot, le plus souvent entre 1 100 et 1 600 €, et les premiers crus du Comte Liger-Belair, qui approchent 2 000 € sur les meilleures années.
Le Cros Parantoux est un climat de premier cru de 1,01 hectare seulement — l'un des plus petits de la Côte d'Or — situé en haut du coteau, au-dessus du Richebourg. Resté en friche après le phylloxéra, il a été acquis par Henri Jayer en 1951, défriché à la dynamite et replanté à partir de 1953. Il n'est aujourd'hui partagé qu'entre deux domaines : Emmanuel Rouget, neveu de Jayer et repreneur de ses vignes, avec un peu plus de 0,7 hectare, et Méo-Camuzet avec un peu moins de 0,3 hectare. C'est le premier cru le plus recherché du village, coté au niveau d'un grand cru.
Chez un bon domaine, oui : un village de Vosne-Romanée se garde dix à quinze ans et sa cote progresse à l'approche de l'apogée. Les premiers crus des signatures de référence, de quinze à trente ans de garde, se valorisent nettement davantage. En revanche, un Vosne-Romanée de négoce sans notoriété n'a pas vocation à se valoriser : il est à boire. Ici, c'est la combinaison du niveau (village ou premier cru), du climat et surtout du domaine qui commande la valeur — sur une même appellation, l'écart va de un à plus de cent.

Page mise à jour le 14 septembre 2026.