Chassagne-Montrachet est, avec Puligny et Meursault, l'un des trois grands villages de blanc de la Côte de Beaune — et le seul des trois à produire aussi une vraie part de rouge. L'appellation communale, ce sont les vins Village, dès une vingtaine d'euros, et 55 premiers crus qui montent jusqu'à plusieurs centaines d'euros chez les grandes signatures. Le Montrachet, lui, n'est pas un Chassagne-Montrachet : c'est une appellation distincte. Dans nos cotes & marché, voici ce que vaut réellement un Chassagne-Montrachet, en blanc comme en rouge, domaine par domaine.
Vous avez des Chassagne-Montrachet en cave ? Découvrez ce que vaut chaque bouteille — et quoi en faire.
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Qu'est-ce que l'appellation Chassagne-Montrachet
Chassagne-Montrachet est une appellation communale du sud de la Côte de Beaune, reconnue par décret du 31 juillet 1937, sur les communes de Chassagne-Montrachet et de Remigny. Elle couvre environ 309 hectares en production : 223 hectares de chardonnay (dont 121 en premier cru) et 86 hectares de pinot noir (dont 27 en premier cru). Historiquement terre de rouges, Chassagne est devenu au fil du XXe siècle un village de blancs — près des trois quarts des surfaces aujourd'hui.
L'appellation se lit à deux niveaux, dans les deux couleurs : le Village et les 55 climats classés en premier cru — Les Ruchottes, Les Caillerets, Morgeot et ses lieux-dits (Abbaye de Morgeot, Clos de la Chapelle, Vigne Blanche…), La Boudriotte, Clos Saint-Jean, Les Chenevottes, Les Vergers, La Romanée, Blanchot Dessus, Les Macherelles, Les Champs-Gains, La Maltroie… Tout ce qui porte la mention « Chassagne-Montrachet », avec ou sans « 1er Cru », relève de cette fiche.
Bon à savoir — Montrachet n'est PAS un Chassagne-Montrachet
Le village a accolé à son nom celui de son grand cru le plus célèbre, comme Puligny. Mais les trois grands crus qui naissent sur son territoire — Montrachet et Bâtard-Montrachet, partagés avec Puligny-Montrachet, et Criots-Bâtard-Montrachet, 1,57 hectare entièrement à Chassagne — sont des appellations à part entière, vendues sous leur seul nom. La règle de lecture ne change pas : « Chassagne-Montrachet » sur l'étiquette = l'appellation communale ; « Montrachet », « Bâtard-Montrachet » ou « Criots-Bâtard-Montrachet » sans le nom du village = un grand cru, d'une tout autre valeur.
Combien vaut un Chassagne-Montrachet : niveau, couleur et domaine
La valeur se lit ici à trois niveaux : le rang (village ou premier cru), la couleur — particularité de Chassagne, un blanc vaut sensiblement plus qu'un rouge du même climat — et le domaine, qui fait l'écart final. Voici d'abord l'ordre de grandeur par niveau et par couleur, puis le détail par domaine.
La cote des niveaux de Chassagne-Montrachet (bouteille 75 cl)
Chaque barre couvre la fourchette courante du palier — la moitié centrale des cotes relevées, les trois signatures cultes étant traitées sur leurs propres lignes — sur un axe en euros partant de zéro ; le détail par domaine, du minimum au maximum relevés, est dans le tableau ci-dessous. Relevé du 14 septembre 2026, cotes contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications.
Le graphique dit l'essentiel : à Chassagne, la couleur pèse presque autant que le rang — un premier cru rouge se situe le plus souvent au niveau d'un village blanc. Et au-dessus de tout cela, trois noms jouent dans leur propre catégorie : Ramonet, la référence historique, et deux signatures cultes, Lamy-Caillat et la Maison Leroy. Le tableau ci-dessous donne les fourchettes relevées par domaine sur le marché secondaire, pour les cuvées village et premier cru de Chassagne-Montrachet, blanc et rouge confondus.
| Domaine | Cuvées phares (Chassagne village & 1er cru) | Niveau de cote | Fourchette relevée |
|---|---|---|---|
| Maison Leroy (négoce) | Morgeot, Les Baudines, Les Chenevottes, Les Vergers, village | Sélections de négoce — le nom Leroy fait la cote | 200 – 750 € |
| Lamy-Caillat | Les Caillerets, Les Champs-Gains, La Romanée, La Grande Montagne, village | Culte, micro-volumes — le plus cher des domaines du village | 295 – 735 € |
| Ramonet | Les Ruchottes, Caillerets, Morgeot, Boudriotte (blanc & rouge), Clos Saint-Jean | La référence de l'appellation | 40 – 685 € |
| Jean-Claude Bachelet | Blanchot Dessus, Les Macherelles, La Boudriotte | Micro-cuvées très recherchées | 45 – 490 € |
| Paul Pillot | La Romanée, Les Caillerets, La Grande Montagne, Clos Saint-Jean | L'étoile montante des blancs | 30 – 400 € |
| Vincent Dancer | La Romanée, Tête du Clos, Morgeot, La Grande Borne | Culte discret, volumes minuscules | 75 – 355 € |
| Caroline Morey · Thomas Morey · Vincent & Sophie Morey · Marc Morey · Morey-Coffinet | Cailleret, Les Vergers, Les Embrazées, Morgeot, Clos Saint-Jean | La galaxie Morey | 20 – 325 € |
| Pierre-Yves Colin-Morey | Les Caillerets, La Maltroie, Les Chenevottes, Abbaye de Morgeot, Les Ancégnières | La signature moderne la plus courue | 85 – 320 € |
| Château de la Maltroye · Michel Niellon · Jean-Marc Pillot · Hubert Lamy | Clos du Château (monopole), Clos Saint-Jean, Les Chenevottes, Les Macherelles | Valeurs sûres classiques | 25 – 285 € |
| Bernard Moreau et Fils (Alex Moreau) | La Cardeuse (rouge), La Maltroie, Les Grandes Ruchottes, Les Chenevottes | Référence en blanc comme en rouge | 30 – 280 € |
| Louis Jadot (Duc de Magenta) · Joseph Drouhin (Marquis de Laguiche) | Abbaye de Morgeot, Morgeot Clos de la Chapelle, Morgeot | Grandes maisons, cuvées de domaine | 40 – 225 € |
| Fontaine-Gagnard · Blain-Gagnard · Jean-Noël Gagnard · Bachelet-Ramonet · Guy Amiot · Coffinet-Duvernay | Les Caillerets, La Boudriotte, Clos Saint-Jean, Morgeot, Les Vergers | Vignerons de référence, accessibles | 30 – 190 € |
| Marc Colin · Bruno Colin · Philippe Colin · Joseph Colin | Les Caillerets, Les Champs-Gains, Les Chenevottes, Vide-Bourse, Blanchot Dessus | La famille Colin | 30 – 190 € |
Fourchettes bornées par les cotes d'enchères réellement relevées sur l'ensemble des millésimes disponibles de chaque domaine, blanc et rouge confondus, puis contrôlées millésime par millésime sur les dernières adjudications : une cote qu'aucune vente récente ne soutient n'a pas été retenue comme borne. Valeur de revente, hors marges du commerce de détail. Relevé du 14 septembre 2026, appellation communale uniquement (grands crus exclus).
Le bas de chaque fourchette est presque toujours un rouge ou un village d'un millésime courant ; le haut, un premier cru blanc d'un grand millésime. Chez Lamy-Caillat, micro-domaine dont chaque cuvée est disputée, même le village dépasse 300 € ; à la Maison Leroy, ce sont des sélections de négoce que le seul nom porte entre 200 et 750 €. Chez Ramonet, la cote culmine sur les vieux Morgeot et Ruchottes des années 1980-1990, encore activement recherchés ; chez Jean-Claude Bachelet, sur le minuscule Blanchot Dessus, voisin immédiat du Montrachet ; chez Paul Pillot, sur La Romanée, dont les millésimes récents se négocient au niveau des grands noms historiques.
Ce qui fait varier le prix d'un Chassagne-Montrachet
Quatre facteurs, combinés, fixent la valeur d'une bouteille — et le premier est propre à ce village.
- La couleur. À climat égal, un blanc vaut nettement plus qu'un rouge — un premier cru rouge se situe le plus souvent au niveau d'un village blanc. Seuls les rouges de Ramonet échappent à la règle.
- Le climat. Les Ruchottes, Les Caillerets, La Romanée, Blanchot Dessus et La Grande Montagne, sur le haut du coteau, portent les cotes les plus élevées ; Morgeot, vaste et morcelé, va du très bon au courant selon le lieu-dit et le producteur.
- Le domaine. À climat égal, l'écart reste net : un Caillerets de Ramonet ou de Pierre-Yves Colin-Morey vaut plusieurs fois le même climat chez un vigneron discret. Mais l'appellation est large et profonde — une trentaine de domaines s'échangent régulièrement aux enchères — et l'écart entre signatures y est bien moins vertigineux qu'à Vosne-Romanée.
- Le millésime et l'état. Les grandes années et les vieux millésimes des domaines de référence se valorisent nettement. Sur les blancs de la fin des années 1990 et des années 2000, le marché regarde de près la couleur et le niveau : le risque d'oxydation prématurée, bien connu sur les blancs de la Côte de Beaune de cette période, pèse sur les bouteilles dont la conservation n'est pas documentée.
Apogée et potentiel de garde
Le Chassagne-Montrachet blanc est un chardonnay ample et mûr, plus charnu que le Puligny voisin, plus tendu que le Meursault : notes de fruits blancs, de noisette, de fleurs de tilleul, avec une trame minérale qui se révèle avec l'âge. Un village se boit dans ses cinq à dix ans ; un premier cru d'un domaine de référence se déploie sur dix à vingt ans, davantage sur les grandes années — les vieux Ramonet des années 1980 le prouvent encore aux enchères. Le rouge, souple et fruité, se garde huit à quinze ans.
Cette longévité commande l'arbitrage garder ou vendre : un grand premier cru blanc encore jeune a tout intérêt à attendre — le céder trop tôt le sous-valorise. À l'inverse, un village d'un millésime courant, blanc ou rouge, est un vin à boire : le nom du village sur l'étiquette ne suffira pas à lui faire prendre de la valeur.
Ruchottes, Caillerets, Morgeot : les climats qui font la cote
Avec 55 climats classés, Chassagne offre le plus vaste choix de premiers crus de la Côte de Beaune — et une hiérarchie que le marché a tranchée. Sur le haut du coteau, Les Ruchottes (et Les Grandes Ruchottes), Les Caillerets, La Romanée et La Grande Montagne donnent les blancs les plus tendus et les plus recherchés. En bordure du Montrachet, le minuscule Blanchot Dessus se négocie, chez Jean-Claude Bachelet, au niveau des plus grands. Plus bas, Morgeot — le plus étendu, subdivisé en lieux-dits comme l'Abbaye de Morgeot, le Clos de la Chapelle ou la Vigne Blanche — produit blancs et rouges, du très bon au courant. La Boudriotte, Clos Saint-Jean et La Cardeuse comptent parmi les climats de rouge les plus réputés.
S'il fallait retenir un nom, ce serait Ramonet : Ruchottes, Caillerets, Morgeot, Boudriotte, Vergers, plus un Clos Saint-Jean et une Boudriotte en rouge — le domaine dont chaque cuvée sert d'étalon à l'appellation, dont les Ruchottes et Caillerets se situent le plus souvent entre 240 et 290 €, et dont les millésimes blancs des années 1980 et 1990 trouvent encore preneur entre 325 et 550 € la bouteille en 2025-2026. Deux noms tirent aujourd'hui le sommet de l'appellation encore plus haut : Lamy-Caillat, micro-domaine dont les Caillerets, Champs-Gains et La Romanée trouvent preneur entre 400 et 700 € la bouteille en 2026, et la Maison Leroy, dont les sélections de négoce — Baudines, Morgeot, village — se sont vendues entre 365 et 750 € en 2025-2026. Juste derrière, une génération de signatures a rejoint le niveau de Ramonet : Pierre-Yves Colin-Morey, Vincent Dancer, Paul Pillot, Jean-Claude Bachelet. Repérer l'un de ces noms sur une étiquette, avec un climat de premier cru, fait basculer l'estimation dans une autre catégorie que le simple village.
Tendance et liquidité du marché de Chassagne-Montrachet
Le blanc de Chassagne bénéficie d'une liquidité élevée : porté par la notoriété mondiale du nom Montrachet, il s'échange en permanence, en France comme à l'export, et l'appellation a l'avantage rare d'offrir de la profondeur à tous les étages — des villages de grandes maisons aux premiers crus des signatures les plus courues. La tendance de fond reste haussière sur les grands premiers crus blancs, avec un net regain d'intérêt pour les millésimes anciens des domaines historiques, Ramonet en tête.
Le rouge est un marché plus confidentiel : il trouve preneur, mais à des niveaux modestes, et ses cotes évoluent lentement — à l'exception des rouges de Ramonet, que le marché traite comme des vins de collection. Une cave de Chassagne vaut d'abord par ses blancs de premier cru signés ; les rouges anciens, fréquents dans les caves constituées dans les années 1970 et 1980, gardent une valeur réelle mais sans commune mesure.
Vous avez du Chassagne-Montrachet en cave : que faire ?
Plusieurs situations justifient une estimation précise plutôt qu'une simple recherche en ligne :
- Vous lisez « Montrachet », « Bâtard-Montrachet » ou « Criots-Bâtard-Montrachet » sans le nom du village : vous tenez un grand cru, une appellation à part et d'une tout autre valeur — une estimation dédiée s'impose immédiatement.
- Vous lisez « 1er Cru » et un nom de climat (Les Ruchottes, Les Caillerets, La Romanée, Blanchot Dessus, Morgeot…) ou une grande signature (Ramonet, Lamy-Caillat, Colin-Morey, Dancer, Pillot, Bachelet) — ou encore le nom Leroy sur une bouteille de négoce : la valeur potentielle justifie une vérification bouteille par bouteille.
- Vous avez de vieux Chassagne blancs des années 1980 à 2000. Bien conservés, ceux des domaines de référence valent souvent bien plus qu'on ne l'imagine ; mais leur couleur et leur niveau doivent être examinés avant toute mise en vente.
- Vous avez des Chassagne rouges. C'est fréquent dans les caves héritées : leur valeur est modeste mais réelle — et un rouge de Ramonet change la donne.
- Vous avez hérité d'une cave mêlant village et premiers crus, ou envisagez une vente ou une succession. Nos guides Les vins de mes parents valent-ils quelque chose ? et vendre ses vins détaillent la marche à suivre.
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Page mise à jour le 17 septembre 2026.